Message de l’Ambassadrice de France en Belgique

 

Bruxelles, le 20 avril 2020

Chers compatriotes,

Dans le contexte de crise mondiale liée à l’épidémie de covid-19, je souhaite vous redire la mobilisation pleine et entière des services de l’ambassade de France en Belgique.

La recommandation générale qui vous a été faite d’éviter les contacts et les déplacements internationaux et de rester chez vous demeure plus que jamais d’actualité : c’est ainsi que nous pourrons contribuer ensemble à stopper la propagation du virus.

Les précautions à prendre, vous les connaissez : se laver les mains très régulièrement, tousser ou éternuer dans son coude, utiliser un mouchoir à usage unique et le jeter, saluer sans se serrer la main et éviter les embrassades.

Je vous invite à vous conformer strictement à la règlementation en vigueur en Belgique et aux consignes données par les autorités belges.

Si vous avez autour de vous des Français qui ne seraient pas inscrits au Registre des Français établis hors de France, incitez-les s’il vous plait à s’inscrire, pour que nous soyons en contact avec le maximum d’entre vous.

Dans les circonstances difficiles que nous traversons, notre priorité est de maintenir la continuité du service public, de renforcer le dispositif de bourses scolaires et d’aide sociale en faveur de nos compatriotes les plus vulnérables, et de mettre au point un plan d’urgence pour le réseau d’EFE.

Nous avons adapté nos procédures et nos calendriers pour garantir le versement des aides sociales et la tenue des commissions de bourses scolaires.
Nous avons fait le nécessaire pour que celles et ceux d’entre vous qui dépendent d’un système de retraite français continuent de percevoir leur pension même s’ils ne peuvent pas produire de certificat d’existence.

Les services du Consulat général de France à Bruxelles restent naturellement disponibles pour répondre aux situations d’urgence que vous pourriez rencontrer.

Je vous invite, chers compatriotes, à continuer de faire preuve de sérénité et de solidarité dans cette période inédite.
Je suis convaincue que nous saurons, ensemble, surmonter cette épreuve.

Prenez soin de vous et de vos proches.

Hélène Farnaud-Defromont

Ambassadrice de France en Belgique

 

https://be.ambafrance.org/Message-de-l-Ambassadrice-de-France-en-Belgique

 

 

L’Assemblée des Français de l’étranger; Comment fonctionne t’elle et comment s’organise t’elle?

C’est le règlement intérieur de l’Assemblée des Français de l’étranger qui détermine ses règles d’organisation et de fonctionnement.Le président de l’AFE est élu par et parmi ses membres à la majorité absolue pour une durée de 6 ans.Le bureau de l’AFE est composé du président, de deux vice-présidents, élus dans les mêmes conditions, ainsi que de 6 membres élus en application de l’article 7 de la loi n° 2013-659 du 22 juillet 2013.L’assemblée des Français de l’étranger se réunit à l’initiative conjointe du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères et de son président au moins deux fois par an (sans condition de quorum). Dans l’intervalle des réunions, le bureau est habilité à se prononcer sur toute question relevant de la compétence de l’assemblée (sur la situation des Français établis hors de France et sur toute question consulaire ou d’intérêt général, notamment culturel, éducatif, économique et social les concernant).L’AFE peut être consultée par le gouvernement, ainsi que par le président de l’Assemblée nationale ou par le président du Sénat sur la situation des Français établis hors de France et sur toute question consulaire ou d’intérêt général, notamment culturel, éducatif, économique ou social. Elle est également consultée sur les dispositions concernant les Français de l’étranger dans les projets de loi de finances et de financement de la sécurité sociale.Une fois par an, le gouvernement lui présente un rapport sur la situation des Français établis hors de France et les politiques conduites à leur égard. Il porte notamment sur l’enseignement français, y compris l’enseignement bilingue francophone, à l’étranger ;
- la protection sociale et l’action sociale ;
- la formation professionnelle et l’apprentissage ;
- la sécurité des Français établis hors de France ;
- le soutien à l’entreprenariat des français établis hors de France et les actions menées pour favoriser la diffusion commerciales des produits fabriqués en France ;
- le soutien à l’entrepreneuriat des Français établis hors de France et les actions menées pour favoriser la diffusion commerciale des produits fabriqués en France ;
- l’administration des Français établis hors de France.Ce rapport donne lieu à un débat en présence du gouvernement. Il peut donner lieu à un avis de l’AFE.L’assemblée des Français de l’étranger peut constituer en son sein un maximum de 6 commissions. Chaque commission élit en son sein un président.

2. Le rôle des conseillers à l’AFE

Les conseillers à l’AFE sont d’abord des conseillers consulaires.A ce titre ils sont membres de droit du (ou des) conseils consulaires de leur circonscription d’élection.Ils sont consultés par le chef de poste sur toute question concernant les Français établis dans la circonscription et relative à la protection et l’action sociale, à l’emploi, à la formation professionnelle et à l’apprentissage, à l’enseignement français à l’étranger et à la sécurité.L’ambassadeur ou le chef de poste consulaire, leur présente chaque année, un rapport sur la situation de la circonscription consulaire en faisant l’état des lieux des actions menées dans les domaines de compétence des conseils consulaires.Ils font partie du collège électoral pour l’élection des sénateurs représentant les Français établis hors de France. En outre, en tant que conseillers à l’AFE, ils siègent à l’Assemblée des Français de l’étranger qui se réunit au moins deux fois par an à Paris, à l’initiative conjointe du ministre des affaires étrangères et de son président. Ils se réunissent en commissions (au maximum six) pour travailler sur des thèmes spécifiques.Ils peuvent être consultés par le gouvernement, par le président de l’Assemblée nationale ou par le président du Sénat sur la situation des Français établis hors de France et sur toute question d’intérêt général, notamment culturel, éducatif, économique et social les concernant.Ils peuvent, de leur propre initiative réaliser des études et adopter des avis, des résolutions et des motions dans ces mêmes domaines.
Ils représentent les Français à l’étranger dans les instances consultatives nationales suivantes : 3 administrateurs à la Caisse des Français de l’étranger ;
- 1 représentant au Conseil d’administration de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE) ;
- 2 représentants à la Commission nationale des bourses ;
- 2 représentants à la Commission permanente pour l’emploi et la formation professionnelle des Français de l’étranger ;
- 1 représentant au Conseil national de l’aide juridique ;
- 1 représentant au Conseil départemental de l’accès aux droits de Paris ;
- 3 représentants à la commission permanente pour la protection sociale des Français de l’étranger ;
- 2 représentants au Conseil d’orientation stratégique relatif à l’action extérieure de l’état ;
- 1 représentant au conseil d’administration de France Medias Monde ;

3. Le secrétariat général

Le secrétariat général de l’Assemblée des Français de l’étranger, composé d’agents du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, est le relais entre les administrations et les divers interlocuteurs de l’Assemblée. Il prend les dispositions nécessaires pour assurer une communication permanente au sein et en dehors de l’Assemblée des Français de l’étranger.Le secrétariat général gère le budget mis à la disposition de l’Assemblée pour couvrir les dépenses de fonctionnement et les remboursements, sur une base forfaitaire des frais de déplacement et de séjour que les conseillers à l’AFE ont engagés à l’occasion des réunions de l’AFE à Paris.Le secrétariat général fournit aux membres de l’Assemblée toute information et documentation utiles à l’exercice de leur mandat.
Il assiste les membres de l’AFE, notamment :- dans la convocation des membres et l’envoi simultané des ordres du jour correspondants accompagnés des documents officiels ;
- dans les opérations de vote se déroulant au sein des formations de l’Assemblée ;
- dans l’organisation pratique des réunions plénières en adressant ou en fournissant les documents nécessaires au bon déroulement des séances.Le secrétariat général établit les comptes rendus in extenso des débats des réunions de l’Assemblée plénière. Il administre le site internet de l’AFE, sur lequel sont mis en ligne tous les travaux et rapports de l’assemblée.Dans l’intervalle des sessions, il assure la liaison entre le président et les membres de l’Assemblée, ainsi qu’entre les membres de l’Assemblée entre eux.

L’antisémitisme; Étrangère à la tradition politique de la gauche.

La gauche l’affirme : l’antisémitisme est étranger à sa tradition politique. Trois moments – et avec quel éclat ! – le prouvent : la Révolution de 1789, l’affaire Dreyfus et la lutte antihitlérienne. Mais Jaurès lui-même n’a-t-il pas dit un jour qu’on pouvait trouver sous l’antisémitisme l’annonce d’un « véritable esprit révolutionnaire » ? Michel Winock montre ici que de 1789 à nos jours la réalité ne fut pas toujours en accord avec les principes proclamés.

Vous connaissez La Dépêche de Toulouse. Un journal républicain, un quotidien de gauche. En 1895, Jaurès y donne des articles toutes les semaines. Au mois de décembre précédent, l’ex-capitaine Dreyfus a été condamné à la déportation, pour fait d’espionnage. Ce n’est pas encore une affaire ; ce n’est pas encore « l’Affaire » ! A la date du 13 mars, votre regard est attiré par la déclaration d’un député radical-socialiste de la Dordogne. Son nom – Raymond Gendre – ne vous dit pas grand-chose mais ce député s’exprime sur « les Juifs ». Tiens donc ! Les députés de la gauche sont ainsi tenus de donner leur « avis » sur les Juifs, en ce temps-là ? « J’estime, dit l’honorable parlementaire, que la juiverie politique et financière qui nous ronge est la plus grande plaie sociale du jour. » Vous avez un doute. N’y aurait-il pas une méprise sur ce Gendre-là ? Vous vous reportez au Dictionnaire des parlementaires. Effectivement, Gendre a bien été élu à Sarlat contre un candidat conservateur ; il se réclame de « l’idéal républicain ». Précisément, dans sa lutte « pour une République honnête, économe et populaire », il dénonce la collusion au pouvoir de l’opportunisme (le centre gauche) et de « la juiverie ». Quel est le commentaire de La Dépêche ? Aucun. Pas un mot d’objection.

Le rejet de l’antisémitisme par les hommes de gauche n’a donc pas toujours été une affaire de principe, une vérité d’évidence, un impératif catégorique. Quels ont donc été, depuis 1789 – c’est-à-dire depuis que la gauche existe -, les rapports de celle-ci avec la communauté juive en France ? C’est en prenant la mesure de cette longue durée qu’on y verra peut-être plus clair.

Entendons-nous bien cependant sur le sujet et sur les mots. Il n’y a jamais eu à proprement parler d’« antisémitisme de gauche » – si l’on veut entendre par là une idéologie cohérente, une vision globale de la société et une théorie politique – comme il y a eu et peut y avoir encore un antisémitisme d’extrême droite. Disons-le tout net : quels que soient les défaillances et les embarras de la gauche face à la « question juive », il serait inique de laisser supposer que l’antisémitisme ait été indifféremment de gauche et de droite. S’il y a eu des défaillances à gauche, celles-ci n’ont pas de commune mesure avec la haine raciale de l’extrême droite et les actes du régime de Vichy. C’est une vérité d’évidence à mes yeux, je l’exprime afin de pouvoir avancer sans laisser planer le moindre malentendu à ce sujet.

Si l’on saisit d’abord une grosse lunette pour balayer prestement quelque deux siècles d’histoire française, trois reliefs successifs émergent comme autant de moments de solidarité entre la gauche et les Juifs : la Révolution, l’affaire Dreyfus et la lutte antihitlérienne. Au cours de ces trois « crises » de nature différente, la gauche, en affirmant et développant ses principes, a été amenée à trancher dans ce qu’il a été assez tôt convenu d’appeler la « question juive ». Toutefois, si l’on veut se donner la peine de troquer la lunette de Galilée pour une loupe d’historien, on doit vite convenir que cette bonne intelligence entre la gauche et les Juifs, proclamée trois fois avec éclat, est loin d’épuiser la question. La réalité n’a pas toujours été aussi lumineuse que les grands principes. Les grands principes eux-mêmes n’ont pas été sans effets pervers.

L’ère nouvelle de la liberté

Au début de cette histoire donc, un monument glorieux : l’émancipation des Juifs par l’Assemblée constituante, le 28 septembre 1791. Dès les premières semaines de l’Assemblée, en 1789, l’abbé Grégoire, un des futurs leaders de la gauche, attire l’attention de ses collègues sur la question. Dans sa Motion en faveur des Juifs, il affirme : « Les Juifs sont membres de cette famille universelle, qui doit établir la fraternité entre les peuples ; et sur eux comme sur vous la Révolution étend son voile majestueux. Enfants du même père, dérobez tout prétexte à la haine de vos frères, qui seront un jour réunis dans le même bercail ; ouvrez-leur des asiles où ils puissent tranquillement reposer leurs têtes et sécher leurs larmes ; et qu’enfin le Juif, accordant au Chrétien un retour de tendresse, embrasse en moi son Concitoyen et son Ami. »

Ces paroles généreuses n’étaient pas du goût de tous les députés. A côté d’un Mirabeau, d’un Clermont-Tonnerre, d’un Robespierre, qui mêlèrent leurs voix à celle de l’abbé Grégoire en faveur de l’émancipation des Juifs, la droite réussit à retarder l’événement. L’abbé Maury, tout en se proclamant hostile à toute « oppression », dénia aux Juifs la qualité de Français, et, partant, de citoyens. C’était aussi l’idée du député alsacien Reubell, qui fut l’adversaire le plus acharné de l’émancipation. Depuis le début de la Révolution, l’Alsace où résidait la majeure partie des Juifs français était le théâtre de véritables pogroms à l’occasion du mouvement agraire. Reubell introduisait dans la discussion une contestation qui n’était pas celle d’un homme de droite – mais d’un futur montagnard. Il n’y eut donc point d’unanimité de gauche en faveur des Juifs. Toutefois, le décret de 1791 scellait l’alliance de la Révolution et du judaïsme (1). Il « libérait, écrivit plus tard Bernard Lazare, tous ces parias d’une séculaire servitude ; il rompait tous les liens dont les lois les avaient chargés ; il les arrachait aux ghettos de toute sorte où ils étaient emprisonnés ; de bétail qu’ils étaient, il en faisait des hommes (2). »

Aux cinquante mille Juifs français émancipés par la Révolution allaient être ajoutés les centaines de milliers d’autres Juifs européens, émancipés par les armées de la République et de l’Empire. En Hollande, en Italie, en Allemagne… Henri Heine a raconté comment les armées de Napoléon sont entrées dans les villes d’Europe sous les acclamations des Juifs. « La France, avait dit Samuel Lévy, dans une lettre à l’Assemblée constituante, la France… est notre Palestine, ses montagnes sont notre Sion, ses fleuves notre Jourdain… La liberté n’a qu’une langue, et tous les hommes savent son alphabet. La nation la plus asservie priera pour elle qui a délié les chaînes des esclaves. La France est le refuge des opprimés. »

Rothschild brouille les cartes

Ces noces sublimes de la Révolution et de la liberté, la gauche en a gardé la gravure émouvante dans son album de famille. D’autant plus qu’après cette marée émancipatrice, les Juifs devaient subir les rudes effets du jusant. D’abord, en France même, quand Napoléon prit en 1808 un décret suspendant pour dix ans l’octroi de la citoyenneté aux Juifs d’Alsace. Puis, dans la plupart des pays d’Europe repris en main après 1815 par la contre-révolution, une législation antijuive fut rétablie. Ce fut la gloire d’une autre révolution française, celle de 1848, que de donner le signal d’une nouvelle libération, dont profitèrent notamment les Juifs d’Allemagne et d’Autriche. A la fin du XIXe siècle, seules la Roumanie et la Russie maintenaient dans leurs frontières un antijudaïsme légal.

Le mouvement contre-révolutionnaire avait dénoncé très tôt cette « collusion » des Juifs et de la Révolution. En 1806, Bonald écrivait : « Les Juifs ne peuvent pas être et ne deviendront jamais, quelque effort qu’ils fassent, des citoyens d’un pays chrétien, tant qu’ils ne seront pas devenus chrétiens eux-mêmes. » L’antisémitisme d’extrême droite en viendra à dénoncer dans les Juifs, émancipés par la Révolution, la raison secrète de la Révolution même (3). A sa manière, il consolidait les liens entre la gauche et les Juifs.

La Révolution avait donc été émancipatrice, point de doute là-dessus. Cependant, par ses proclamations universalistes et le culte de la Raison qui l’illustra quelque temps, elle pouvait faire renaître une « question juive » – celle d’un particularisme rebelle à l’assimilation et, de surcroît, d’un particularisme religieux contraire à la nouvelle religion nationale. Au moment de la fête de la Fédération, les députés des provinces rivalisèrent de professions de foi unitaires. Il n’y avait plus ni « Bretons », ni « Auvergnats », ni « Provençaux », mais des Français d’une même nation. L’année suivante, Clermont-Tonnerre, lors des débats de l’Assemblée sur la citoyenneté active, avait clairement affirmé : « Aux Juifs, en tant que nation, il faut tout refuser : mais aux Juifs, en tant qu’hommes, il faut tout accorder […] il ne peut y avoir de nation dans la nation. » On voit qu’en poussant un peu loin ce précepte, en soi légitime, on pouvait s’acheminer vers l’alternative suivante : ou les Juifs perdent leurs particularités, autrement dit ou ils s’assimilent complètement (renoncent au sabbat, à l’alimentation cascher, etc.), et dès lors ils sont pleinement Français car ils ont cessé d’être Juifs ; ou bien, ils gardent leurs coutumes et leurs lois, et dès lors ils doivent être « expulsés ». Tandis que la droite (l’abbé Maury notamment) disait : respectons les convictions religieuses des Juifs mais n’en faisons pas des citoyens, la gauche, elle, pouvait, en offrant la citoyenneté aux Juifs, leur interdire à terme ce qu’on n’appelait pas encore le droit à la différence.

Cette tendance hyper-assimilatrice prit un tour terroriste en 1793. L’athéisme militant des sans-culottes ne livra pas seulement combat à l’Église catholique. La Convention dut résister aux mandements des sections populaires qui réclamaient qu’on interdît la circoncision, la célébration du sabbat, et l’on vit dans certaines villes des marchands juifs tenus par la pression populaire d’ouvrir leurs magasins le samedi.

Un antijudaïsme de « gauche », à fondement antireligieux, venait ainsi compléter le séculaire antijudaïsme catholique. Déjà Voltaire, dans son zèle à « écraser l’Infâme », s’en était pris maintes fois à la Bible et aux Juifs. Dans son Dictionnaire philosophique, il avait écrit à l’article « Juifs » : « … Vous ne trouverez en eux qu’un peuple ignorant et barbare, qui joint depuis longtemps la plus sordide avarice à la plus détestable superstition… » C’est le caractère irréductible de la religion juive qui perpétuait le Juif dans les nations, en empêchant son assimilation. Diderot l’avait dit clairement : « La religion des Juifs et celle des peuples chez lesquels ils habitent ne leur permettent pas de s’incorporer avec eux ; ils doivent faire une nation à part (4). »

Les tendances les plus irréligieuses de gauche continuèrent au XIXe siècle à stigmatiser la religion juive, coupable notamment d’avoir enfanté le christianisme. A la fin du Second Empire, les étudiants révolutionnaires militant dans les rangs blanquistes et se désignant comme « hébertistes » furent des plus acharnés contre Dieu en général, et contre celui des Juifs en particulier. C’est à ce milieu révolutionnaire qu’appartenait Gustave Tridon, dont le livre posthume publié en 1884, Du Molochisme juif, valut, malgré son antithéisme, l’éloge d’Edouard Drumont. Il s’agissait d’une déclaration de guerre au monothéisme judéo-chrétien, auquel Tridon opposait l’antique Hellénie païenne et la science moderne.

Toutefois, cet antisémitisme antireligieux (visant « le sémitisme et son produit immédiat le christianisme (5) ») a occupé moins d’esprits « progressistes » qu’une autre forme d’hostilité aux Juifs, d’origine plus ancienne mais renforcée par les progrès mêmes des Juifs dans les sociétés modernes, une fois acquise leur émancipation. Le régime de la monarchie de Juillet fut le moment d’une ascension sociale de bon nombre de familles juives, entre lesquelles celle des Rothschild prit une dimension quasi mythologique.

Louis-Philippe fut un des monarques les plus favorables à la communauté juive. Le 1er février 1831, la Chambre des pairs confirmait à une large majorité un projet de loi de la Chambre des députés, plaçant la religion juive au rang des autres confessions émargeant au budget des Cultes. Comme dit Bernard Lazare : « C’était l’écroulement définitif de l’État chrétien… (6) » De manière plus sensible à l’opinion, des noms juifs apparaissaient désormais aux premiers rangs. On en vit à la Chambre (Crémieux, notamment, élu en 1842), à la scène (Rachel), à l’affiche des concerts (Meyerbeer), et surtout dans les affaires financières, dans la banque, à la bourse. James Rothschild, le plus jeune de la célèbre famille francfortoise, y avait acquis une position de puissance indiscutable. La fortune colossale que les Rothschild accumulent ne se fait pas discrète. Les journaux sont bientôt pleins de leurs splendeurs. En 1836, Henri Heine dépeint d’une phrase l’hôtel des Rothschild de la rue Saint-Florentin : « C’est le Versailles de la souveraineté absolue de l’argent (7). » Ce luxe ostentatoire favorise un antisémitisme populaire qui, de Rothschild, passe aisément à l’ensemble des Juifs, tous plus ou moins « Rothschild ». De sorte que la haute finance, dont l’ascension est remarquable sous la monarchie de Juillet, devient bientôt un synonyme de « finance juive », malgré les noms bien chrétiens de Casimir Périer, Laffitte ou Schneider.

Aussi dans les années 1840 l’antisémitisme tend à devenir une sous-section de l’anticapitalisme. En 1844, Marx, dans La Question Juive, avait écrit, entre autres : « L’argent est le dieu jaloux d’Israël, devant qui nul autre dieu ne doit subsister. » Mais nul n’était besoin de Marx. Les disciples de Fourier trouvèrent dans l’œuvre de leur maître défunt quelques formules encourageantes, que l’un d’eux, A. Toussenel, développa dans un livre publié en 1845, Les Juifs rois de l’Époque. Ouvrage fort confus au demeurant, faisant du terme « juif » la notion la plus élastique, mais bourré de formules à ravir Drumont, pour lequel il s’agira ni plus ni moins d’un « chef-d’œuvre impérissable ». « Les Juifs, y lisait-on, sont une nation dans la nation, quoi qu’ils fassent et qu’ils disent, et ils y seront la nation conquérante et dominatrice avant peu. » Sans doute Toussenel entendait-il par « juif » « tout trafiquant d’espèces » et visait-il avant tout la « féodalité financière », mais ses attaques contre la Bible et le fait d’assumer la confusion langagière généralisée du « juif » et de « l’usurier » le classent bien parmi les antisémites ; les citations qu’il fait de Fourier indiquent la filiation et la continuité du phénomène. Des contemporains de Toussenel, eux aussi adversaires du capitalisme, l’illustrèrent. A l’antisémitisme du jeune Marx, en Allemagne, faisait écho celui qui allait devenir son rival et adversaire en France, Joseph Proudhon. Dans ses Carnets, publiés voilà une vingtaine d’années, on tombe sur des sentences qui ressemblent à des appels au pogrome.

L’effet Drumont

Ainsi, devant l’élévation sociale des Juifs émancipés, dont certains occupent des positions de tout premier rang, et quand bien même il ne s’agit que de quelques-uns, une hostilité nouvelle s’exprime. A côté d’un antijudaïsme contre-révolutionnaire, dont on suit la trace continue sous la monarchie de Juillet et le Second Empire, des voix se font entendre dans ce que l’on peut appeler, au sens large, la famille révolutionnaire et socialiste. Un discours antijudaïque s’y donne libre cours, sur deux registres, bien souvent confondus : hostilité à la religion juive, hostilité à la haute finance – entendons la banque juive, la partie étant ici prise pour le tout. D’autre part, relayant la Révolution qui les avait émancipés, des régimes politiques fort peu de gauche, ceux de Louis-Philippe et de Napoléon III, se montrent favorables aux israélites. La solidarité entre la gauche et les Juifs y perd sa nécessité première ; il faut attendre l’affaire Dreyfus pour la revoir s’affirmer dans l’éclat d’un drame national.

Jusqu’aux années 1880, il n’y a pas véritablement de « question juive » en France. Les dix premières années de la IIIe République sont tout occupées par le conflit central entre monarchistes et républicains : bon nombre de Juifs français, quatre-vingt-dix ans après leur émancipation, ont quitté la religion de leurs aïeux, certains qui, comme Alfred Naquet, ont épousé une catholique sont en train de s’assimiler complètement à la nation française. Le même Naquet pouvait ainsi dire dans un discours à la Chambre, en mai 1895 : « Pendant plus de trente ans, je n’ai fréquenté à peu près que des non-Juifs. » Cette intégration totale de la communauté juive avait été théorisée par les Juifs eux-mêmes sous le nom de « franco-judaïsme ». Certains auteurs, comme Théodore Reinach, allaient jusqu’à imaginer l’extinction du judaïsme par l’assimilation complète : « Que l’émancipation, l’égalité pénètrent partout, non seulement dans les lois, mais dans les mœurs et dans les idées, le sentiment juif perdra de plus en plus de son âpreté, et finira sans doute par s’éteindre complètement (8). » Cette tendance à l’assimilation a cependant été arrêtée par deux faits concomitants : les vagues d’immigration des Juifs venus de l’Est et le développement en France d’un antisémitisme de combat.

Plusieurs facteurs, au début des années 1880, ont contribué à nourrir un courant antisémite. Notons d’abord la première immigration d’Europe orientale. Après l’attentat perpétré contre Alexandre II, la Russie connaît une période de violente répression, au cours de laquelle les pogromes se trouvent ratifiés par des mesures antijuives officielles. Des milliers de Juifs russes gagnent alors l’Occident, et notamment la France. L’année suivante, un millier de Galiciens, fuyant l’Autriche-Hongrie à la suite de persécutions, trouvent refuge à Paris. De 1881 à 1939, la composition de la communauté juive française va, en plusieurs vagues successives, se trouver bouleversée.

Ces immigrés d’Europe orientale exercèrent, selon l’expression de Pierre Vidal-Naquet, une « constante pression anti-assimilationniste (9) ».

Ce phénomène ne fait que s’amorcer au début des années 1880. D’autres facteurs, plus décisifs, ont joué. Premièrement, le triomphe définitif des républicains sur leurs adversaires monarchistes et cléricaux. Bien des vaincus ne peuvent se résigner au régime républicain, d’autant que celui-ci, pour assurer solidement ses assises, met au point une législation scolaire directement opposée à l’école catholique et aux congrégations. Deuxièmement, la profonde crise économique que traverse alors la France, le krach spectaculaire de la banque catholique l’Union générale, autant de faits nouveaux qui amènent certains agitateurs de l’opinion à chercher les coupables parmi les Juifs. En 1883, on voit paraître un hebdomadaire au nom sans vergogne : L’Anti-Sémitique, portant en épigraphe une formule sans ambiguïté : « Le Juif, voilà l’ennemi ! » Journal sans succès considérable, qui cesse de paraître dès 1884, mais qui exprime déjà une bonne partie des thèmes que développera Drumont, avec un succès retentissant, dans sa France Juive en 1886. Transformé en principe d’explication universelle, le

Juif est accusé par Drumont d’avoir détruit l’ancienne chrétienté, mis en place la République franc-maçonne, affamé le prolétariat et dirigé de manière occulte les destinées de la France. Le signal de départ du mouvement antisémite est véritablement donné. Vont suivre la création de la Ligue antisémitique de Jules Guérin, le lancement de La Libre Parole, quotidien auquel fait écho La Croix des assomptionnistes.

Devant cet antisémitisme d’extrême droite, que fait la gauche ? Quand on lit la presse de gauche de cette époque, et notamment la presse socialiste des années 1890, on est frappé par le peu d’importance qu’on y prête. Ce n’est même pas assez dire : il n’y a pas de véritable interdit jeté à gauche sur l’antisémitisme, au point qu’un certain nombre de personnalités, socialistes ou radicales, peuvent avancer des opinions antijuives sans susciter apparemment aucune indignation. Car il s’agit bien d’ « opinion » : on peut être ou ne pas être antisémite ; cela ne semble pas porter à conséquence.

Nous avons vu plus haut comment un député radical pouvait faire des déclarations antijuives dans La Dépêche de Toulouse sans s’attirer les foudres. Mais les socialistes ? Leurs positions théoriques sont en principe contraires à l’antisémitisme. Ainsi l’hebdomadaire guesdiste Le Socialiste explique-t-il à ses lecteurs, le 26 juillet 1892 : « Il s’agit de sauver l’exploitation capitaliste en amusant les travailleurs avec les « youtres », comme on dit, devenus des boucs émissaires… Quel répit pour la société actuelle si, au lieu de se poursuivre entre possédés et possédants pour l’expropriation de ces derniers, la lutte pouvait être déplacée, limitée entre « sans prépuce » et avec « prépuce » ! »

Le vocabulaire de cette mise au point laisse déjà subodorer une certaine complaisance pour un antisémitisme vulgaire. De fait, les journalistes socialistes reprennent sans problème de conscience les injures populaires et les brocards éculés sur les Juifs. Le mot de « juif » lui-même, comme l’attestent les dictionnaires du temps, est entendu généralement comme une insulte. C’est pourquoi certains dreyfusards, un peu plus tard, préconiseront de rayer « le vocable « juif » du langage, pour ne garder que le terme d' » Israélite  » pour évoquer le culte et la religion (10) ». En termes clairs, on ne prend pas de gants pour parler des Juifs, même si tous les socialistes n’usent pas du terme de « youpins » que l’on note régulièrement dans le journal anarchiste d’Émile Pouget, Le Père Peinard.

Derrière ces simples questions de langage, tout de même révélatrices, il y a plus. Quand Drumont vocifère contre le capital juif, il ne manque pas de trouver des oreilles complaisantes dans l’électorat socialiste, voire au sein des militants et des dirigeants. Du reste, Drumont et ses disciples font de leur mieux pour flatter socialistes et syndicalistes. Face au capitalisme (forcément juif pour Drumont !), même combat ! Cette espèce de complicité est notable lors de certaines réunions publiques, y compris celles des marxistes du parti ouvrier (11). Elle est même redoutée par certains observateurs, tel Anatole Leroy-Beau lieu.

Le 27 février 1897, Leroy-Beaulieu, catholique, républicain libéral, donne une conférence à l’Institut catholique de Paris sur le thème de l’antisémitisme. Devant un auditoire largement noyauté par des militants antisémites qui l’interrompent tout au long, il démontre l’inconsistance intellectuelle de l’antisémitisme. Mais l’un de ses arguments est notable du point de vue qui nous occupe. Ce défenseur de la société libérale dénonce dans l’antisémitisme son anticapitalisme, son « socialisme ingénu ». Et plus loin : « Une sorte de socialisme sui generis, socialisme de droite, si vous voulez, socialisme déguisé sous de vagues formules chrétiennes » mais « travaillant, qu’il le veuille ou non, au profit de l’autre socialisme, du socialisme athée, du socialisme révolutionnaire (12) ».

Certains socialistes ont perçu cette convergence comme profitable à leur projet politique. Ces foules populaires que Drumont entraînait derrière lui, au nom du « socialisme ingénu », on pourrait peut-être les suivre jusqu’à un certain point, profiter de leur dynamique, les amener ensuite au « vrai » socialisme. De là résultent d’étonnantes rencontres. Naquet, dans le débat à la Chambre de 1895 évoqué plus haut, avait ainsi attiré l’attention de ses collègues sur ce qu’il appelait « la politique de la trouée » de certain socialiste pensant : « Quand les antisémites auront ouvert la brèche, nous y passerons. » Or la sténographie du débat note des « marques d’assentiment sur divers bancs à l’extrême gauche », et le député socialiste Rouanet de dire clairement, lui qui n’est pourtant pas antisémite : « C’est pour cela que j’approuve la campagne de M. Drumont. »

Edouard Drumont, au moins jusqu’à l’affaire Dreyfus, ne jouit donc pas d’une trop mauvaise réputation parmi les socialistes. L’année même de la publication de La France Juive, Benoît Malon lui avait consacré dans sa Revue socialiste un important compte rendu. Malon, faisant la part des « injustices » contenues dans La France Juive, n’en déclarait pas moins que « ce livre mérite… d’être discuté ». Et, tout en faisant observer que le capitalisme « tout entier » et pas seulement le capitalisme juif était coupable, Malon se laissait aller à des commentaires sur la « haute juiverie » et sur « la noble race aryenne » qui étaient des signes du temps.

En 1890, A. Regnard, collaborateur de la même Revue socialiste, publiait un ouvrage intitulé Aryens et Sémites. S’inscrivant dans la même perspective que le blanquiste Tridon, dont il se réclamait explicitement, il renouvelait l’anti-monothéisme de gauche en le mêlant à des considérations « scientifiques » désormais répandues sur les idées raciales. Or cet homme d’extrême gauche reconnaissait à Drumont un « immense mérite » et lui savait gré – malgré ses erreurs – d’avoir réaffirmé une « éclatante vérité ». Laquelle ? L’infamie du capitalisme ? Certes, mais mieux encore : « La réalité et l’excellence de la race aryenne, de cette famille unique à laquelle L’Humanité doit les merveilles du siècle de Périclès, la Renaissance et la Révolution – les trois grandes époques de l’histoire du monde – et qui seule est en mesure de préparer et d’accomplir l’achèvement suprême de la rénovation sociale. »

Voilà ce qu’un socialiste pouvait imprimer quelques années avant l’affaire Dreyfus, sans convaincre probablement la majorité de ses camarades mais sans soulever davantage la protestation.

Sur les « races », on devisait, on ergotait, on se livrait à des classements. Les Juifs eux-mêmes admettaient comme les autres cette distinction entre une « race sémite » et une « race aryenne ». Répétons-le, avant Hitler, rares sont ceux qui voient dans l’antisémitisme une doctrine de mort. Pour bien des gens de gauche, les antisémites étaient des imbéciles ; ils n’étaient pas des bourreaux en puissance.

Et Jaurès ?

Dans cette confusion il est important d’observer le comportement de Jaurès. Lui est un intellectuel, qui ne se laisse pas dominer par les passions et sait faire les distinctions doctrinales qui s’imposent. Or il a beau être plus attaché que personne aux principes immortels de la Révolution et de la République, converti au socialisme depuis 1892, année au cours de laquelle il devient un des ténors de l’extrême gauche à la Chambre, il faut bien convenir que sa vigilance sur la question n’est pas toujours évidente. Il est même « quelque peu effleuré, nous dit Madeleine Rebérioux, par le courant antisémite populaire où il lui était arrivé de déceler  »un véritable esprit révolutionnaire » (13) ».

Certes, à plusieurs reprises, Jaurès se défend d’être antisémite. « Je n’ai pas de préjugé contre les Juifs », écrit-il en 1889. Mais, au moment de l’affaire de Panama, dont se saisit Drumont pour en faire une affaire « juive », on le voit plus attentif aux thèmes de l’antisémitisme. Ses rapports avec Drumont, jusqu’à l’affaire Dreyfus, sont de bonne compagnie, Drumont ne tarissant pas d’éloges sur ce socialiste de terroir. Mêmes relations cordiales avec le marquis de Rochefort, ancien communard, ancien boulangiste, qui trempe de plus en plus dans le nationalisme, l’antisémitisme, avant de devenir un des champions de l’antidreyfusisme.

En avril 1895, Jaurès va passer quelques courtes vacances en Algérie. Il y découvre l’existence d’un antisémitisme virulent. Loin de le réprouver, il va en rendre raison dans La Dépêche de Toulouse. Dans deux articles, publiés les 1er et 8 mai 1895, il explique que « sous la forme un peu étroite de l’antisémitisme se propage en Algérie un véritable esprit révolutionnaire ». Et Jaurès de reprendre à son compte les arguments du lobby antisémite contre « la puissance juive ». Que la majorité des Juifs d’Algérie, émancipés par le décret Crémieux de 1870, appartienne aux couches pauvres de la société n’est pas connu de Jaurès : il n’a vu que « l’usure juive » qui réconcilie contre elle « l’Européen » et « l’Arabe ».

Ainsi, jusqu’en 1898, l’antisémitisme n’est perçu par l’ensemble de la gauche – et particulièrement par les socialistes – ni comme un opprobre ni comme une menace sérieuse. Lors du congrès international socialiste de Bruxelles, en 1891, un délégué juif américain avait demandé la condamnation ferme de l’antisémitisme. Le congrès, ne jugeant pas « nécessaire » la discussion, se contenta d’une motion, où l’on flétrit également « les excitations antisémitiques et philosémitiques » – ce dernier adjectif ayant été rajouté au texte initial à la demande de deux délégués français, Regnard et Argyriadès.

La « complicité » des Juifs avec la République opportuniste, la République affairiste, la République du « Panama » est dénoncée aux cours des années 1890 à gauche, même si ce n’est pas avec la constance et la frénésie de l’extrême droite.

La « révolution dreyfusienne »

Point de rupture dans cette histoire des relations entre la gauche et les Juifs, l’affaire Dreyfus va avoir pour effet de couper net aux relations semi-complices entre la gauche et les antisémites. Au demeurant, cette coupure nous paraît plus évidente par le recul dont nous disposons ; à l’heure des choix, on a longtemps tergiversé. Du reste, ce ne fut pas un homme politique qui le premier se dressa avec éclat contre la guerre nouvelle que l’on faisait aux Juifs. L’initiative en revint à Émile Zola, avant même qu’il fût convaincu de l’innocence de Dreyfus par Bernard Lazare. Le 16 mai 1896, Le Figaro publie son article, « Pour les Juifs », où Zola exprime sa « surprise » et son « dégoût croissant » devant la campagne qui se développe contre les Juifs ; il dénonce le « fanatisme » et en appelle à « l’universelle fraternité ».

C’est le même Zola, soutenu par Clemenceau, qui, en lançant son « J’accuse… » dans L’Aurore, le 13 janvier 1898, deux jours après l’acquittement d’Esterhazy par le conseil de guerre, déclenche ce qu’on appellera la « révolution dreyfusienne ». La gauche est loin d’être unanime. A côté d’un Clemenceau, entré dans la bataille depuis le mois d’octobre 1897, et qui jusqu’en décembre 1899 va accumuler article sur article en faveur de la révision ; qui trouve le titre simple mais génial donné à la lettre de Zola : « J’accuse » ; qui fait de la cause dreyfusienne une ultime bataille de la Révolution française ; à côté de lui, la tendance est plutôt de ne pas remettre en cause la chose jugée et de préserver l’armée de tout soupçon. Le 19 janvier, après que les poursuites ont été lancées contre Zola, un manifeste est publié par trente-deux députés socialistes qui se déclarent au-dessus de la mêlée.

Les élections législatives doivent avoir lieu au mois de mai 1898. Or les socialistes parlementaires sont sensibles à la pénétration des mots d’ordre nationalistes et antisémites dans les couches populaires. La popularité d’un Rochefort est significative à cet égard. Lui, l’ancien communard, l’ancien évadé de la Nouvelle-Calédonie, le « marquis rouge », est resté une des « idoles » du peuple parisien, quoiqu’il soit devenu nationaliste (le mot vient d’être inventé) et antisémite.

Ce n’est donc pas du côté du Parlement qu’on trouve le premier foyer de résistance au nationalisme et les premiers bataillons dreyfusards. On les rencontre dans les tendances les moins électoralistes du mouvement ouvrier : dans le groupe allemaniste et dans les colonnes de son journal Le Parti ouvrier, et chez les anarchistes qui entourent Sébastien Faure et Le Libertaire. Dès la fin de l’année 1897, ils ont fait leur choix et bravent Rochefort sans complexe. Le 17 janvier, Jules Guérin ayant organisé une réunion antisémite au Tivoli-Vauxhall, les anarchistes de Faure et les allemanistes prennent d’assaut l’estrade et dispersent la réunion.

Ces groupes antiparlementaires avaient perçu avant les députés socialistes le péril antisémite. Tout ce mois de janvier résonne, après l’article de Zola, des manifestations antijuives. Dans toutes les grandes villes, on brise des devantures de magasins juifs, on assiège des synagogues, on porte la main sur des particuliers. De Rennes à Grenoble, de Lille à Marseille, les mêmes slogans retentissent : « Mort aux Juifs ! Mort à Zola ! Mort à Dreyfus ! » Le comble est atteint en Algérie où, à partir du 18 janvier, la chasse aux Juifs est lancée à Alger. Quatre jours durant, une foule excitée par Max Régis, suggérant « d’arroser de sang juif l’arbre de la liberté », se déchaîne contre les boutiques juives, fracturées, dévastées, pillées, tandis que bientôt Constantine et Oran suivent l’exemple.

Jaurès, dès lors, ne voit plus dans l’antisémitisme cet « esprit révolutionnaire » un peu fruste qu’il avait cru discerner trois ans plus tôt en Algérie. Au cours de ce mois de janvier, il entre dans la bataille dreyfusienne. Le procès d’Esterhazy auquel il a assisté, le cri accusateur de Zola, l’influence de quelques amis comme Lucien Herr et de jeunes normaliens comme Charles Péguy, et, brochant sur le tout, cette violence antisémite de la rue concourent à lancer Jaurès dans le combat, après des mois d’hésitation (14).

L’article de Zola a agi comme un détonateur. Son courage a donné du courage. Une pétition a été lancée en faveur de la révision du procès Dreyfus. Véritable acte de naissance d’une gauche intellectuelle, la pétition rassemble plusieurs milliers de signatures. Quelque chose a changé dans la vie de la plupart de ces pétitionnaires. « L’affaire Dreyfus, écrira Julien Benda, m’a fait passer de l’intellectualisme à l’action intellectuelle, de la pensée fière et lointaine à celle qui descend dans la rue (15). »

C’est au moment du procès Zola, entre le 7 et le 25 janvier 1898, qu’est fondée la ligue des Droits de l’homme, sur l’initiative du sénateur Trarieux. Le 4 juin, se tient sa première assemblée générale à l’hôtel des Sociétés savantes. Trarieux en traçait le programme : « Défendre contre des menaces sourdes de contre-révolution les principes fondamentaux de la Déclaration des droits de l’homme, sur lesquels repose depuis cent ans l’égalité de la patrie. » Entre la Révolution et l’affaire Dreyfus, la continuité était de nouveau proclamée.

Cependant, il est notable que bien des hommes de gauche renâclent au dreyfusisme. Même après les élections de mai 1898, qui ont permis à vingt-six nationalistes et antisémites, Drumont en tête, élu par Alger, d’entrer à la Chambre. Dans le camp socialiste, les guesdistes vont garder tout au long de l’Affaire un quant-à-soi qu’ils justifient par la lutte de classe. Le 9 juillet 1899, Paul Lafargue se gausse encore dans Le Socialiste des « dreyfusards bourgeois qui nous ont tant embêtés avec leur justice imprescriptible ». Toutefois, en leur congrès de septembre 1898, les guesdistes ont affirmé le caractère réactionnaire de l’antisémitisme – « misérable contrefaçon » et « piège à travailleurs » que « Bebel a pu justement appeler le socialisme des imbéciles. »

Qu’elle est longue à aboutir, cette « Vérité » qui s’est mise « en marche » ! L’antisémitisme, progressivement, se fixe à l’extrême droite. Entre l’anticlérical Rochefort et les assomptionnistes de La Croix, entre Drumont et Déroulède, quel plus efficace dénominateur commun pourrait-on imaginer en dehors de l’antisémitisme ? C’est l’appel à la guerre contre les Juifs, si apte à entretenir les passions populaires, qui soude leur nationalisme autant que la défense sacrée de l’Armée. Il ne fait plus de doute que l’antisémitisme est bien une arme de la « réaction ». Oui, mais… Tout en combattant la démagogie nationaliste, maints socialistes éprouvent encore bien de la peine à se débarrasser de leurs présomptions contre les Juifs. Encore une fois, Jaurès est un bon révélateur. Lui, qui est entré avec tout le poids de son prestige, avec tous les dons de son intelligence et les feux de son courage dans cette mêlée, où il s’agit de défendre un homme et un principe, on le surprend encore, en juin 1898, à déclarer dans un discours au Tivoli : « Nous savons bien que la race juive, concentrée, passionnée, subtile, toujours dévorée par une sorte de fièvre, par la fièvre du gain quand ce n’est pas par la fièvre du prophétisme, nous savons bien qu’elle manie avec une particulière habileté le mécanisme capitaliste, mécanisme de rapine, de mensonge, de corruption et d’extorsion.

Mais nous disons, nous : Ce n’est pas la race qu’il faut briser ; c’est le mécanisme dont elle se sert, et dont se servent comme elle les exploiteurs chrétiens (16). »

Tout de même, en 1899, il semble bien que les jeux soient faits. Le peuple républicain, appelé à plusieurs reprises à descendre dans la rue pour défendre le régime, s’oppose désormais aux ligueurs de Guérin et aux imprécations de Rochefort. Péguy a raconté la grande manifestation du 11 novembre 1899, pour le « Triomphe de la République ». Il dit bien comment « l’acclamation au nom de Dreyfus, l’acclamation publique, violente, provocante » fut «la plus grande nouveauté de la journée, la plus grande rupture, la plus grande effraction de sceaux de ce siècle (17) ». Ce Vive Dreyfus ! poussé par le peuple parisien, soumis depuis une dizaine d’années à la propagande de haine des antisémites, marquait effectivement une étape : la gauche se nettoyait des préjugés racistes.

Et pourtant, car jamais rien en histoire n’est totalement consommé, les attaques contre les Juifs n’y auront pas complètement disparu après l’Affaire. Les suites politiques de la grande bataille, la victoire du Bloc des gauches et le soutien apporté par Jaurès au combisme provoquent l’hostilité d’anciens dreyfusards comme Georges Sorel et des syndicalistes révolutionnaires. En 190b, l’arrêt de la cour de cassation réhabilitant Dreyfus provoque un article de Robert Louzon dans Le Mouvement socialiste : « La faillite du dreyfusisme ou le triomphe du parti juif », où l’on apprend « qu’il existe un parti dont le judaïsme, grâce à sa puissance d’argent, à son activité commerciale et intellectuelle, est le chef… » D’autres, militants de la CGT, iront même jusqu’aux injures, jusqu’aux meetings antisémites et se retrouveront finalement dans les rangs de l’Action française. En gros, pourtant, l’antisémitisme n’a plus droit de cité à gauche.

Face à la « Bête immonde »

1933-1945, nouvelle séquence de notre histoire contemporaine : douze années de barbarie nazie vont nouer des liens plus étroits entre la gauche et la communauté juive.

Au cours des années trente, la France connaît une violente recrudescence d’antisémitisme. La crise économique libère les vieux démons assoupis par la prospérité des « années folles ». Du bistrot à la Chambre des députés, le pays tourne à la xénophobie18. C’est dans ce contexte qu’on apprend l’avènement de Hitler au pouvoir ; les premières mesures qui menacent les Juifs d’Allemagne ; les premiers exils. Début d’une proscription qui déclenche la solidarité des uns et la colère des autres ; les bonnes paroles du gouvernement et « l’extrême circonspection » de son hospitalité ; l’inquiétude des Juifs français et les défenses corporatistes plus ou moins discrètes des professions libérales face à la nouvelle concurrence. Une atmosphère lourde et haineuse qui s’opacifie au fil des années. Une presse d’extrême droite qui renoue avec l’antisémitisme ordurier – au moins jusqu’au décret-loi du 20 mars 1939 qui interdit en France toute propagande raciste.

La victoire électorale du Front populaire et bientôt la guerre civile en Espagne sont l’occasion de nouvelles véhémences. L’extrême droite tient son adversaire : Blum, Blum le Juif, Blum le traître ! Le Front populaire est accusé par les plus virulents de ses adversaires non seulement de faire cause commune avec les « Juifs » mais d’en être l’expression politique accomplie. La gauche, quant à elle, rassemblée sur le thème de l’antifascisme et présidée par un socialiste juif, intégrait nécessairement dans son combat la lutte contre l’antisémitisme.

Les années de guerre mondiale ont achevé d’identifier le racisme au camp des vaincus, aux nazis et à leurs alliés. La lutte contre l’Allemagne hitlérienne et pour la cause juive s’étaient confondues ; elles étaient inséparables ; elles étaient également sacrées. Le Juif était l’antipode du nazi19. Qui avait lutté contre celui-ci avait lutté pour celui-là. Quand bien même la gauche n’avait pas toute été dans la Résistance ; quand bien même toute la Résistance n’avait pas été de gauche – de Gaulle était là pour le montrer -, ce sont les communistes et les socialistes qui cueillent les fruits politiques de l’après-guerre et de l’après-Vichy.

Le parti communiste, devenu le plus fort des partis de gauche, ne ménage pas ses déclarations d’amitié à l’égard des survivants d’Auschwitz et des autres camps de la mort. Tout comme la diplomatie soviétique, les communistes français apportent leur soutien à l’État d’Israël qui naît dans la douleur. Les Juifs français sont nombreux dans le « parti des fusillés ». En mai 1948, Florimond Bonté s’écrie devant une foule rassemblée au Vélodrome d’hiver : « Au nouvel État juif, surgi au milieu des plus pénibles souffrances de l’enfantement et au cœur des combats héroïques des meilleurs fils d’Israël, j’apporte ici le chaleureux salut de bienvenue du parti communiste français, toujours solidaire des combattants de la liberté, de la démocratie et de l’indépendance. »

Plus encore qu’après l’affaire Dreyfus, l’antisémitisme était mis au ban par la gauche. L’horreur des charniers nazis paraissait devoir refouler à tout jamais la haine du Juif dans tous les secteurs de l’opinion. Mais la gauche, revendiquant l’héritage de la Résistance, se trouvait des raisons supplémentaires pour aimer et protéger les rescapés de ce qu’on appellera l’Holocauste.

Les ambiguïtés de l’antisionisme

11 faut en convenir : cette idylle de l’après-guerre a passé. Si aujourd’hui l’ensemble des organisations de gauche restent intransigeantes sur les principes, on doit constater qu’entre un certain nombre d’entre elles et les Juifs un contentieux s’est créé.

La crise a été entamée dès 1949. Staline lance alors en URSS la première d’une série de campagnes dont les Juifs vont faire principalement les frais. On assiste d’abord à une dénonciation du « cosmopolitisme » – grossier camouflage des nouvelles purges auxquelles sont exposés les Soviétiques « d’origine juive ».

Cet « anticosmopolitisme » est relayé assez vite par l’« antisionisme », autre manière d’éclaircir les rangs des communistes d’URSS et des démocraties populaires, et de tenir en sujétion les communautés juives, en les privant notamment de leurs moyens d’expression propres. Le procès Slansky, à Prague, en 1952, est l’acte le plus connu de ce nouvel assaut. Entre autres indignités, l’épouse d’un accusé réclame au tribunal le châtiment « le plus rigoureux » pour son conjoint (20) ; un fils, la mort pour son père, devenu son « pire ennemi (21) ».

Quelles sont alors les réactions de la presse de gauche ? L’Humanité, dépourvue de toute curiosité journalistique quant aux ressorts de ce procès truqué, souscrit sans rechigner aux explications officielles : « C’est contre leur pays et son régime de démocratie populaire que de prétendus nationalistes juifs – des sionistes – qui sont purement et simplement des espions, se sont mis au service des États-Unis où sévit l’antisémitisme » (25 novembre 1952). Le ton est donné. Le thème du complot, repris de la presse soviétique, fleurit de nouveau. Mais si des observateurs ont le mauvais goût de suspecter de l’antisémitisme dans ce procès d’un prétendu « sionisme » où une majorité de communistes juifs sont mis en cause, le parti communiste retourne incontinent l’accusation : les antisémites, ce sont les autres !

Est-ce l’avis du reste de la gauche ? De fait, écrit François Honti, dans un article du Monde : « L’anti-sionisme n’est pas l’antisémitisme. » Tout de même, nous dit-il, « le président du tribunal n’a […] pas manqué une occasion pour faire ressortir comme une tare, ou du moins comme une circonstance aggravante, cette origine israélite en même temps qu’il qualifiait le sionisme de pire ennemi de la démocratie populaire » (29 novembre 1952). La distinction entre antisionisme et antisémitisme n’est pas dans les faits aussi évidente que l’affirment bruyamment les communistes. Peu de jours après, Le Monde revient sur la question. Dans un article beaucoup plus fouillé que le précédent, Georges Penchenier démontre que les régimes communistes, « sous couvert d’antisionisme », font « bel et bien de l’antisémitisme » (3 décembre 1952). Les mêmes avis contradictoires se retrouvent dans les colonnes de L’Observateur, hebdomadaire de la gauche intellectuelle et neutraliste. Tandis que Claude Bourdet dénonce « l’excitation systématique de la passion antisémite » à l’occasion du procès de Prague. Gilles Martinet rédige un contrepoint rassurant : « L’antisionisme ne doit pas être confondu avec l’antisémitisme. »

L’année suivante éclate à Moscou l’affaire du « complot des blouses blanches ». Des médecins, juifs en majorité, comptant parmi les autorités médicales de l’URSS, auraient été stipendiés par les services israéliens et américains, pour attenter à la vie des dirigeants soviétiques. La mort de Jdanov leur serait due. Le scénario est rocambolesque mais la nature antisémitique des attaques staliniennes n’échappe à personne, communistes mis à part. L’Humanité publie, le 27 janvier 1953, une déclaration de dix sommités médicales françaises (au rang desquelles quelques communistes juifs) selon laquelle « la mise hors d’état de nuire, en URSS, du groupe de criminels a rendu un très grand service à la cause de la paix ». Une nouvelle fois, le PCF entérine les aberrations staliniennes, sans l’ombre apparent d’un doute. L’antisémitisme est impossible en URSS, parce qu’impensable : « Les criailleries sur le châtiment mérité de quelques criminels sionistes attachés aux services d’espionnage américains ne peuvent faire oublier que, dans notre propre pays, les principaux pourvoyeurs des charniers hitlériens sont en liberté et se préparent à reprendre du service Lorsque ce n’est déjà fait. » Ainsi conclut François Billoux, dans L’Humanité du 18 février 1953.

Alexander Werth, journaliste progressiste britannique, qui a vécu plusieurs années en URSS, écrit de son côté dans L’Observateur : « Que les autorités soviétiques soupçonnent gravement les Juifs, notamment ceux qui se proclament Juifs avant tout, c’est l’évidence même. La suppression du seul journal yiddish de Moscou, le Einheit, la liquidation de la maison d’édition juive, du « Comité juif antifasciste » et du théâtre juif en sont la preuve » (29 janvier 1953).

Seul donc le parti communiste, jusque-là, semble donner prise à la suspicion, par les silences et les justifications dont il gratifie l’antisémitisme stalinien. La suite des événements devait faire sortir le PCF de son isolement.

La fin des années cinquante et les années soixante sont marquées par les phases successives et accélérées de la décolonisation. En France, la guerre d’Algérie met la gauche au pied du mur. Le gouvernement socialiste de Guy Mollet assume la responsabilité de la répression des « rebelles algériens ». Pour atteindre leur principal soutien extérieur, le colonel Nasser, il lance à l’automne 1956, en accord avec les conservateurs britanniques, l’expédition de Suez. Cet épisode militaire et diplomatique est condamné par l’ensemble de l’opinion internationale, Américains et Soviétiques en tête. Du moins, le gouvernement israélien, impliqué dans cette affaire douteuse, se trouve-t-il complice du gouvernement Mollet. Socialistes français et Israéliens resteront en bons termes, pour le meilleur et pour le pire.

Cette guerre de 1956 est lourde de conséquences sur les relations entre Israël et le reste de la gauche. L’idée qu’on avait de l’État hébreu s’est brusquement modifiée. Le couple que formait la gauche et le Juif en est troublé.

A côté des communistes, qui condamnent l’expédition et le comportement du gouvernement Ben Gourion, une nouvelle gauche, surtout intellectuelle, définie par ses positions anticolonialistes, découvre l’État juif avec d’autres yeux. Il n’est plus la terre d’asile promise aux victimes des persécutions et aux rescapés des camps mais un allié du colonialisme. Comme l’a écrit François Furet : « L’Israélien vainqueur [prend] dans la configuration nouvelle la place qu’occupait le ploutocrate juif dans l’imaginaire de droite ou de gauche au XIXe siècle (22). » C’est un dilemme difficile à éviter pour les Juifs de la Diaspora : ou ils restent solidaires d’Israël, mais en assumant volens nolens cette figure du « Colonialiste juif » ; ou ils refusent de se laisser imputer l’Israélien conquérant, mais c’est au prix des liens de communauté qui les rattachent aux autres Juifs.

Moins de neuf ans plus tard, la guerre des Six Jours achève la métamorphose. Le thème de l’impérialisme, succédant à l’anticolonialisme, unifie les militants et les intellectuels d’une gauche dont la guerre du Vietnam a du reste renforcé l’antiaméricanisme. Israël est désigné comme le complice – « objectif » dans le meilleur des cas – de l’impérialisme américain. La cause palestinienne a relayé la cause algérienne. L’antisionisme prend en France une ampleur sans précédent.

De l’antisionisme à l’antisémitisme, il n’y a pas de pente fatale – l’expression d’antisionisme se référant à des attitudes politiques fort diverses (23). Mais à partir de la fin des années soixante, devant l’antisionisme radical qui se développe en France et ailleurs, l’hostilité déclarée à Israël est dénoncée à plusieurs reprises comme un « néo-antisémitisme » (24).

Pour les maos de La Cause du Peuple, il faut dénoncer « le complot impérialiste et sioniste » (février 1969). Pour ceux de L’Humanité nouvelle, « le sionisme [est] le fer de lance de l’impérialisme au Moyen-Orient » (25 mai 1967). Pour ceux de L’Humanité rouge, « le sionisme, c’est le fascisme » (4 janvier 1973). Pour les trotskistes de Rouge, « la nature fondamentale du projet sioniste [est] expansionniste, raciste, colonialiste » (24 août 1973). Cette presse gauchiste, tout en refusant « la confusion entre antisionisme et antisémitisme », dénie à l’État d’Israël le droit d’exister : « C’est l’existence même de l’État d’Israël qui est à la source du conflit qui ravage le Proche-Orient. Et derrière Israël, c’est avant tout l’aigle américain qui est responsable. C’est l’impérialisme américain qui arme ce gendarme de ses intérêts économiques dans la région, qui soutient cette enclave créée de toutes pièces, qui est prêt à nourrir Israël jusqu’à la dernière goutte de pétrole arabe » (Rouge, 12 octobre 1973).

De L’Humanité à L’Humanité nouvelle, de Rouge à L’Humanité rouge, un paradigme s’impose : Israël = Impérialisme américain. Le dilemme auquel les Juifs de la Diaspora se trouvent confrontés se resserre. S’ils ne s’affichent pas clairement en faveur de la cause palestinienne, ne risquent-ils pas d’être mis au banc des accusés par la gauche anti-impérialiste ? Ceux qui, sans accepter les yeux fermés les choix politiques d’Israël, veulent néanmoins défendre son droit à l’existence contestée ne risquent-ils pas d’être suspects ipso facto ?

Le glissement de l’antisionisme déclaré à l’antisémitisme de fait – notamment au moment de la guerre de Kippour en 1973 – est moins repérable en France que dans d’autres pays (25). Toutefois, on peut être troublé par l’analogie des structures entre le complot sioniste / impérialiste, dénoncé aussi bien par le parti communiste français que par de nombreux groupes gauchistes, et le vieux complot juif universel. Simple coïncidence ? Pour Alain Finkielkraut, « l’antisémitisme change parfois de nom, mais jamais d’intrigue ».

Quoi qu’il en soit, il est désormais fini, le temps où la gauche unanime et les Juifs chantaient à l’unisson. Les luttes antiimpérialistes prévalant, Israël fait brûler le torchon chez les militants. Le problème du Proche-Orient a heurté de front les anciennes solidarités.

Marx et les Prophètes

Pouvons-nous tirer quelques conclusions ?
1) Si l’on veut bien accepter l’idée – discutable – selon laquelle la vie politique en France est principalement organisée autour de ces deux pôles qu’on appelle la droite et la gauche, on doit tenir pour établie la tradition philosémite de celle-ci : la Révolution émancipatrice, l’affaire Dreyfus et la Résistance ont rythmé l’histoire d’une alliance aux couleurs républicaines. La communauté juive française en a bien conscience s’il faut en juger par un sondage de l’IFOP publié par Le Point du 30 janvier 1978. Celui-ci faisait apparaître, que 56 % des Juifs « pratiquants » votaient à gauche. Remarquons cependant la très nette préférence de cet électorat pour le parti socialiste. Cela ne saurait étonner, vu l’attitude du parti communiste et de l’URSS face aux problèmes du Proche-Orient ; vu aussi la continuité, de la SFIO de Guy Mollet au PS de François Mitterrand, d’un philosémitisme socialiste, renforcé par des positions globalement pro-israéliennes. Il n’existe pas pour autant de « vote juif ». Une forte minorité donne ses voix à la droite. Outre que les Juifs ne se déterminent pas seulement en tant que Juifs, qu’ils appartiennent à des classes sociales différentes et ont des idées et des intérêts variés comme les autres Français, il convient d’observer que, depuis la monarchie de Juillet, un courant de la droite modérée a entretenu un philosémitisme constant. Représentatif surtout d’une certaine bourgeoisie libérale, d’abord orléaniste puis républicaine, il s’est trouvé souvent pris entre les feux croisés de la gauche et de la droite conservatrice ou réactionnaire. Une minorité de catholiques, républicains libéraux notamment, ont été de cette famille traditionnellement à l’abri des préjugés antisémites (26). Il n’y a donc jamais eu de coïncidence exacte entre la gauche et l’anti-anti-sémitisme.
2) La vigilance face à l’antisémitisme n’a pas été indéfectible à gauche. Les préjugés antijuifs, avoués jusqu’à l’affaire Dreyfus, moins avouables par la suite et interdits après Hitler, n’en ont pas moins été toujours décelables27. D’autre part, il est patent que jusque et y compris lors de la Seconde Guerre mondiale, l’antisémitisme a rarement été pris pour ce qu’il était, c’est-à-dire un danger en soi. Voici des exemples, entre autres, de cette carence répétée de l’analyse.

En 1942, au moment des grandes rafles, la résistance communiste répand un tract : « A bas l’antisémitisme ! » On y proclame la solidarité du peuple français avec les Juifs, « nos frères » : « Ripostez aux mesures barbares et sadiques des boches et vichyssois en manifestant en toute circonstance votre sympathie et votre solidarité aux Juifs persécutés et en entourant leurs enfants d’une chaude affection. » Compassion et action. C’est impeccable. Mais de quelle manière le tract communiste apprécie-t-il les raisons de cet antisémitisme ? En fait, les thèses racistes de Hitler sont réduites au rang de simples procédés : « De même qu’en Allemagne les campagnes antisémites ont eu pour objet de masquer au peuple allemand ses véritables ennemis : les ploutocrates et leurs chiens de garde nazis, de même les hitlériens voudraient déchaîner la haine du Juif pour faire disparaître la haine du boche28. » Déjà, le 11 novembre 1938, au lendemain de la « Nuit de Cristal », L’Humanité avait expliqué à ses lecteurs les raisons cousues de fil brun du déchaînement raciste : « M. Hitler avait besoin d’un prétexte (l’assassinat du nazi von Rath par un Juif à Paris) pour faire retomber sur les Juifs les fautes et les erreurs de son régime. » Mein Kampf n’a jamais été considéré, du point de vue communiste, que comme l’idéologie fumeuse des « chiens de garde » du grand capital allemand.

Si l’on prend en compte cette longue histoire, on peut considérer que le marxisme, dont une bonne partie de la gauche se réclame, a sous-estimé le problème du racisme en vulgarisant la primauté de l’économique sur le culturel et en ramenant l’histoire à une seule de ses intrigues, celle de la lutte des classes. De même que les guesdistes reléguaient l’antisémitisme au rang des accessoires idéologiques de la réaction capitaliste, de même le Comité de vigilance antifasciste a interprété le nazisme comme une variante germanique du fascisme, lequel n’était qu’un produit du grand capital « aux abois ». Dans cette vision « matérialiste » de l’histoire, où banquiers et PDG complotent nos destins, les cultures, les religions et les mentalités font figure de comparses, transitoires superstructures et décors idéologiques promis à l’évaporation finale.

Cette représentation simplifiée de la tragédie humaine, L’Humanité en exprimait clairement les conséquences sur la question juive, au moment de la guerre des Six Jours : « La discrimination raciale, l’antisémitisme sont le fait de la réaction, des classes sociales exploiteuses – et non pas le fait de tel ou tel peuple en tant que tel […] Les massacres d’Auschwitz, de Buchenwald, etc. furent le fait du fascisme, c’est-à-dire de la forme la plus bestiale du capitalisme. La solidarité des victimes du racisme est donc et doit être la solidarité contre le fascisme, contre les couches sociales qu’il représente. Et elle passe par la solidarité de tous les adversaires du fascisme, et plus généralement du capitalisme qui en est ‘ ‘ le ventre toujours fécond « , – que ces adversaires soient Juifs ou non » (20 juin 1967).

En d’autres termes, à l’issue de ce raisonnement en forme de sorite : Antisémitisme = Fascisme = Réaction = Capitalisme, on voit que l’antisémitisme est finalement assimilable au capitalisme ; que lutter contre celui-ci, c’est lutter contre celui-là. En suivant ce raisonnement, il apparaît que :
a) l’URSS, puissance socialiste, ne peut être en aucun cas taxée d’antisémitisme, ou ce serait une contradiction dans les termes ;
b) que l’anticapitalisme peut dispenser de l’anti-antisémitisme ;
c) que la plupart des Juifs étant, au nom d’une double fidélité à leur pays et à Israël, dans le camp de l’impérialisme, donc du capitalisme, ce sont eux les véritables antisémites. CQFD.

La vérité est que les Juifs ont été persécutés depuis deux millénaires non pas en tant que capitalistes ou prolétaires mais en tant que Juifs. Il s’ensuit que le raisonnement marxiste-léniniste est à bout de souffle face aux mesures antijuives quand elles sont prises par des États « socialistes » et « antiimpérialistes ». Nous sommes alors devant une situation dont l’impensabilité dispense de toute conjecture. Il n’y a plus qu’à donner au chat sa langue de bois.

Etiemble écrivait ceci, en 1957, qui devrait donner à réfléchir : « Si je cherche aujourd’hui la cause première des vices les plus graves de notre société, je trouve que l’esprit de classe lui-même commet moins de meurtres sans doute, en tout cas moins d’abjections que le préjugé de race. » Tant que la gauche, marxiste-marxisante, pratiquera la réduction de l’histoire à son plus simple antagonisme : Bourgeoisie / Prolétariat, Impérialisme / Anti-impérialisme, Sionisme / Antisionisme, il est à craindre qu’entre elle et les Juifs, le malaise ne persiste. Le fait juif, dans sa tragique complexité, est absolument irréductible à l’un ou l’autre terme de cette triple alternative. Comme d’autres faits, celui-ci est têtu, pour parler comme Lénine.

NOTES

1. Il s’agit de l’émancipation des Juifs d’Alsace et de Lorraine, représentant à eux seuls les neuf dixièmes des Juifs de France ; les autres – Juifs de Bordeaux, de Bayonne, du Comtat – avaient été faits citoyens français dès janvier 1790.
2. B. Lazare, L’Antisémitisme, son histoire et ses causes, 1894, p. 195.
3. Voir P. Pierrard, juifs et Catholiques français, Paris, Fayard, 1970.
4. Pour Voltaire, Diderot, les Encyclopédistes, voirL. Poliakov, Histoire de l’Antisémitisme, t. III, de Voltaire à Wagner, Calmann-Lévy, 1976.
5. A. Regnard, Sémites et Aryens, 1890.
6. B. Lazare, op. cit.
7. Voir ]. Bouvier, Les Rothschild, Paris, Fayard, 1967.
8. Cité par M.R. Marrus, Les Juifs de France à i’époque de l’affaire Dreyfus, Paris, Calmann-Lévy, 1972, p. 137.
9. P. Vidal-Naquet, préface à Marrus, op. cit.
10. Cf. J. Psichari, à l’assemblée générale de la Ligue française pour la défense des droits de l’homme et du citoyen, du 4 juin 1898.
11. Voir C. Willard, Les Guesdistes, Paris, Éditions sociales, 1965, notamment ch. xxi, p. 410 et sq.
12. A. Leroy-Beaulieu, L’Antisémitisme, 1897, p. 61.
13. Article «Jaurès» in Dictionnaire biographique du Mouvement ouvrier/rançais 1871-1914, t. XIII.
14. Sur les hésitations de Jaurès, voir notamment M. Rebérioux, «Zola, Jaurès et France: trois intellectuels devant l’Affaire», Cahiers naturalistes, n° 54, 1980. Et aussi E. Cahm, «Le mouvement socialiste face au nationalisme au temps de l’affaire Dreyfus», Bulletin de la Société d’études jaurésiennes, n° 79, oct.-déc. 1980.
15. J. Benda, La Jeunesse d’un Clerc, Paris, Gallimard, 1968, p. 120.
16. La Petite République, 9 juin 1898.
17. Ch. Péguy, «Le Triomphe de la République’» in Œuvres en prose, 1898-1908, Bibliothèque de la Pléiade, p. 103-122.
18. Voir Ralph Schor, L’Opinion française et les étrangers en France, 1919-1939, thèse multigraphiée pour le doctorat ès lettres, Nice 1980.
19. La résistance communiste avant l’entrée en guerre de l’Allemagne en URSS est un sujet de controverse mille fois abordé. Il faut rappeler ici simplement les attaques communistes de cette période contre Léon Blum, en particulier l’article signé Maurice Thorez, publié dans le journal suédois de langue allemande Die Welt en 1940. dont le caractère antisémitique a été plusieurs fois relevé. Voir A. Kriegel, Le Pain et les Roses, 10/18, p. 391 et sq. Sur l’attitude générale du PCF pendant la guerre face à la question juive, voir du même auteur « Résistants communistes et Juifs persécutés », in H/Histoire, n° 3, nov. 1979, et encore d’A. Kriegel, «Vérité historique et mensonges politiques», Commentaire, n° 12/Hiver 1980-1981. Notons aussi qu’au sein de la SFIO, les adversaires pacifistes et munichois de Léon Blum ne sont pas innocents de tout antisémitisme. Voir à ce sujet, Marc Sadoun, Le Parti socialiste, des accords de Munich à la Libération. 2 vol. multigraphiés, 1979.
20. L’Humanité du 29 novembre 1952, et A. London, LAveu, Paris, Gallimard, 1971.
21. Cf. la lettre de Thomas Frejka au Tribunal, Le Monde, 27 novembre 1952.
22. F. Furet, «Entre Israël et la gauche française: trente ans de malentendus». Le Nouvel Observateur, avril 1978.
23. On ne saurait confondre l’antisionisme des membres de la Diaspora qui refusent de reconnaître en Israël la centralité du monde juif, l’antisionisme religieux des ultra-orthodoxes, l’antisionisme des communistes qui ne remet pas en cause officiellement le droit d’Israël à l’existence, l’antisionisme de l’OLP qui se fixe pour objectif la disparition de l’État juif, etc.
24. Voir notamment J. Givet, La Gauche contre Israël, Paris, Pauvert, 1968, ou L. Poliakov, De l’Antisionisme à l’antisémitisme, Paris, Calmann-Lévy, 1969.
25. Cf. en particulier la théorie et la pratique du terrorisme allemand, in A. Geis-mar, L’Engrenage terroriste, Paris, Fayard, 1981, et H.-J. Klein, La Mort mercenaire, Paris, Le Seuil, 1980.
26. Voir ainsi J.-M. Mayeur, « Les catholiques dreyfusards», Revue historique, CCLXI/2.
27. Voir ainsi le sondage de l’IFOP publié par Le Nouvel Adam, n° 5,1966. On y voit que les préjugés antisémites sont encore tenaces dans l’opinion de gauche.
28. Ce tract est publié in extenso dans le recueil sur La Presse antiraciste sous l’occupation hitlérienne 1940-1944, Centre de documentation de l’UJRE, 1950.

Expansion fulgurante des dogmes, croyances protestantes évangélistes, en Europe et partout dans le monde.

Les Églises protestantes non déclarées, dont les membres se réunissent dans des appartements ou des lieux publics, ont fleuri ces dernières décennies en Chine, dans le cadre d’un renouveau de la croyance religieuse. « Depuis l’ouverture de la Chine en 1979, le courant évangélique, ainsi que ses déclinaisons charismatiques et pentecôtistes, a connu une nouvelle vague d’expansion fulgurante en Chine continentale, principalement parce qu’il correspond aux besoins du développement d’un protestantisme urbanisé », confirme ainsi Juliette Duléry, doctorante en sciences sociales à Paris Diderot et spécialiste du protestantisme chinois.

En 2010, le Pew Research Center considèrait qu’il y avait en Chine 35 millions de chrétiens protestants et 3,3 millions de chrétiens catholiques qui participaient à des églises de maison. Il y aurait aujourd’hui, selon différentes sources, 100 millions d’évangéliques chinois. Selon certaines estimations

La plus forte concentration d’évangéliques se situe aux États-Unis, avec 28,9 % de la population (soit 91,76 millions de fidèles), et au Brésil, avec 26,3 % de la population (soit 51,33 millions de fidèles). Aux États-Unis, les évangéliques, qui comptent certaines églises de courant fondamentaliste, représentent une force politique importante

Parmi les très nombreux télévangélistes qui ont atteint un vaste public, l’histoire retiendra sans aucun doute le nom de Billy Grapham, un prédicateur baptiste actif mondialement qui parvient à prêcher publiquement dans les pays communistes d’Europe et bénéficie d’une popularité à l’égal des présidents des États-Unis dans l’opinion américaine.

En 2020, selon un chercheur du CNRS, le mouvement compterait environ 660 millions de croyants dans le monde.

Un mouvement issu de la Réforme radicale qui a perduré jusqu’à ce jour est l’anabaptisme. Le christianisme évangélique regroupe différents courants de théologie évangélique, dont les principaux sont fondamentaliste, conservateur, modéré, libéral d’où alphabétisation des jeunes enfants.

En matière de sexualité, plusieurs églises évangéliques font la promotion du pacte de pureté auprès des jeunes chrétiens évangéliques, qui sont invités à s’engager durant une cérémonie en public à l’abstinence sexuelle jusqu’au mariage chrétien. Ce pacte est souvent symbolisé par une bague de pureté.

Dans les églises évangéliques, les jeunes adultes et les couples non-mariées sont encouragés à se marier tôt afin de vivre une sexualité selon la volonté de Dieu .

Une étude américaine de 2009 de la Campagne nationale de prévention de la grossesse adolescente et non planifiée (anglais : National Campaign to Prevent Teen and Unplanned Pregnancy) a rapporté que 80% des jeunes évangéliques non mariés avaient eu des relations sexuelles et que 42% étaient dans une relation avec des rapports sexuels, lors de l’enquête.

La majorité des églises chrétiennes évangéliques sont contre l’interruption volontaire de grossesse et soutiennent les agences d’adoption et les agences de support social pour les jeunes mères.

La masturbation est vue comme étant interdite par certains pasteurs évangéliques en raison des pensées sexuelles qui peuvent l’accompagner. Aux États-Unis et au Nigeria, d’autres pasteurs évangéliques croient que la masturbation peut être bénéfique pour le corps et qu’elle est un don de Dieu pour éviter la fornication, particulièrement pour les non mariés.

La position conservatrice est très hostile aux personnes homosexuelles et est impliquée dans des causes anti-gays et des déclarations homophobes.

Il ne va pas sans dire que ce mouvement s’intensifie encore plus en Europe et partout dans le monde et ce avec les nouvelles actualités pour plus de 600 millions de croyants dans le monde, comme déjà dit précédemment dont certains s’inscrivent déjà en politique.

 

Sortie de l’accord de Paris sur le climat pour les États-Unis Unis au 04 novembre 2020.

Les États-Unis ont formellement notifié ce lundi 04/11/2019 à l’ONU leur sortie de l’accord de Paris sur le climat. Le retrait sera effectif un an après la notification. Le départ n’aura donc lieu au plus tôt que le 4 novembre 2020, le lendemain de la prochaine élection présidentielle aux États-Unis, à l’occasion de laquelle Donald Trump risquerait de briguer un second mandat. Les États-Unis, deuxième plus gros pollueur au monde (Chine classé 1er). À eux deux, la Chine et les États-Unis sont seraient responsables de plus de 45 % des émissions de gaz à effet de serre de la planète ! Jusqu’en 2005, ce sont les Etats-Unis qui étaient les plus gros émetteurs de CO² devant la Chine mais la tendance s’est inversée l’année suivante. Depuis 2006, la Chine est sur la plus haute marche du podiums des pollueurs. En retirant son pays de l’accord de Paris, Trump pourrait balayer du revers de la manche cet engagement. Sur le plan financier, le retrait des Etats-Unis pourrait alourdir la facture pour l’Union européenne et les autres pays leaders. Le retrait des Etats-Unis de l’accord de Paris est un mauvais signal. Car le pays de l’oncle Sam, qui s’était affirmé comme l’un des piliers, avec la Chine, de la réussite de la COP21, pourraient de s’exclure des discussions internationales sur le climat.

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« Bill of Rights » ; De quoi s’agit-il dans la constitution des États-Unis ?

Dix amendements ont été ajoutés à la constitution des États-Unis. Ils composent le « Bill of Rights », soit la Déclaration des droits et libertés fondamentales.

Les articles I à X, dont les huit premiers forment celui-ci, et furent proposés par le premier Congrès le 25 septembre 1789 et ratifiés le 15 décembre 1791.

✔️A savoir :  1)Limitation des pouvoirs du Congrès. 2)Droit de porter des armes. 3)Logement des soldats. 4)Perquisitions et saisies. 5)Accusation; propriété. 6)Jugements criminels. 7)Jugement par jury. 8)Cautions ; amendes peines. 9)Droits retenus par le peuple. 10)Droits réservés aux Etats.

LA REPRESENTATION DES FRANCAIS ETABLIS HORS DE FRANCE ; De l’histoire, passant à sa composition puis sa réforme.

Les Français de l’étranger forment un groupe peu connu au sein de la communauté nationale. Par leur nombre, ils constituent néanmoins une communauté non négligeable : 2.300.000 expatriés, c’est autant, par exemple, que la population des Bouches-du-Rhône, autant que celle additionnée des quatre départements d’outre-mer.

Jusqu’en juillet 2008, les Français établis hors de France étaient représentés dans une seule chambre du Parlement : le Sénat. Douze sénateurs étaient élus par un collège électoral constitué des membres – élus directement par les Français expatriés – de l’Assemblée des Français de l’étranger (AFE).

Depuis la loi constitutionnelle du 23 juillet 2008 – et en pratique depuis les élections législatives de 2012 -, les Français établis hors de France disposent, comme l’ensemble de nos compatriotes, d’une double représentation parlementaire, au Sénat et à l’Assemblée nationale. L’article 24 de la Constitution de 1958 a en effet été modifié et dispose désormais que « les Français établis hors de France sont représentés à l’Assemblée nationale et au Sénat ». Les élections de mai 2012 ont consacré cette modification avec l’élection de onze députés représentant les Français de l’étranger.

Histoire de la représentation des Français de l’étranger

La question de la représentation politique des Français établis hors de France, que ce soit dans les anciennes colonies ou dans des pays étrangers, est aussi ancienne que celle qui intéresse les Français de la métropole. Déjà, durant la convocation des Etats Généraux en 1789, s’était posé le problème de la citoyenneté lors de l’examen en validation de l’élection des 17 députés élus, choisis ou autoproclamés outre-mer.

La Constitution du 27 octobre 1946 dispose que trois conseillers de la République représentent les Français de l’étranger

La Constitution du 27 octobre 1946 (IVème République) dispose que le nouveau Parlement comprendra une Assemblée nationale et un « Conseil de la République » (nom que le Sénat a porté jusqu’en 1958) et qu’au sein de ce dernier, les « Français de l’extérieur » seraient représentés. L’Assemblée nationale, chargée de préciser les modalités de cette représentation, décida par une résolution du 13 décembre 1946, que trois sièges de « conseillers de la République » (sur 320) seraient confiés à des personnalités représentant respectivement nos compatriotes résidant en Europe, en Amérique et en Asie-Océanie (l’Afrique de son côté faisant l’objet de dispositions particulières donnant une large place aux élus des colonies et des protectorats français).
Cependant les Français de l’étranger disposaient à Paris d’une autre représentation, celle constituée par les quatre grands organismes rassemblant depuis une vingtaine d’années les forces vives de la présence française dans le monde : l’Union des chambres de commerce françaises à l’étranger, la Fédération des professeurs français à l’étranger, la Fédération des anciens combattants français résidant hors de France et l’Union des Français de l’étranger (UFE, fondée en 1927). Ces quatre organismes demandèrent d’avoir le droit, au moins, de présenter leurs candidats à l’Assemblée nationale lors de la désignation des Conseillers de la République et, surtout, que les citoyens français résidant réellement à l’étranger puissent faire entendre leurs voix. Dans ce but, ils suggéraient qu’un « conseil supérieur », composé en majorité d’élus à l’extérieur, soit créé par le Ministère des Affaires étrangères.
Cette revendication fut entendue par Robert Schumann, alors Président du Conseil et le Ministre des Affaires étrangères, Georges Bidault, qui signaient le 7 juillet 1948 un décret instituant le Conseil supérieur des Français de l’étranger (CSFE).

Le décret du 7 juillet 1948 crée le Conseil supérieur des Français de l’étranger

Le premier Conseil supérieur des Français de l’étranger était composé de 55 membres : 8 membres de droit (les trois sénateurs-conseillers de la République, le président et le directeur de l’UFE, les présidents des chambres de commerce, des professeurs et des anciens combattants), 42 élus et 5 membres désignés par le Ministre des Affaires étrangères, « choisis » parmi les personnalités françaises jouissant d’une compétence reconnue dans les questions concernant les intérêts généraux de la France à l’étranger.
Les premières élections au CSFE eurent lieu au printemps de 1950 dans 70 pays d’Europe, d’Amérique, d’Asie et d’Océanie selon les modalités fixées par un arrêté ministériel du 10 décembre 1949. Deux idées étaient à la base de cet arrêté : mieux connaître nos compatriotes expatriés en exigeant leur immatriculation dans les consulats et encourager leur regroupement en demandant qu’ils soient membres d’une association ou d’un « organisme » français pour pouvoir voter. Ce double critère, et le système électoral mis en place, devaient rester en vigueur jusqu’en 1982.
Les élections se déroulaient alors en deux temps. D’abord au sein des associations, chaque organisme reconnu désignait des délégués selon la règle suivante : un pour moins de 50 membres, deux de 50 à 100 membres, un supplémentaire pour 100 membres ou fraction de 100. Le collège électoral ainsi composé élisait ensuite le ou les représentants au CSFE dans les mêmes conditions que les collèges sénatoriaux en France : majorité absolue au premier tour, majorité relative au second.

La Constitution de 1958 précise que « Les Français établis hors de France sont représentés au Sénat »

L’article 24 de la Constitution du 28 septembre 1958 précise que « Les Français établis hors de France sont représentés au Sénat ». Deux ordonnances sont promulguées le 15 novembre 1958 et le 4 février 1959, pour organiser cette représentation et donner de nouveaux statuts au CSFE qui désormais, tout en gardant son rôle consultatif, fait fonction de collège électoral unique pour l’élection des Sénateurs de l’étranger. Le nombre de ceux-ci passe de trois à six, deux représentant l’Europe et l’Amérique, un l’Asie-Océanie et trois l’Afrique, qui fait son entrée au CSFE. Le CSFE est donc divisé en trois sections pour les élections sénatoriales du 23 avril 1959. Le CSFE comptait alors 84 membres, et il apparaît nettement que l’Europe et l’Amérique sont sous-représentés par rapport à l’Afrique. Le nombre des sénateurs sera donc augmenté à neuf pour les élections de 1962.

La loi du 7 juin 1982 instaure l’élection des délégués au CSFE au suffrage universel

Mais la première grande réforme du CSFE n’interviendra que bien plus tard. C’est ainsi que la loi du 7 juin 1982 instaure notamment l’élection au suffrage universel direct des délégués au CSFE qui n’est plus composé de personnalités désignées (à l’exception de 21 membres choisis pour leur compétence, mais sans droit de vote sénatorial), et l’élection des 12 sénateurs par les seuls membres élus du CSFE.
L’abstentionnisme important constaté lors des élections de 1997 (24% de participation) et de 2000 (19%) avait conduit à la création en septembre 2000, d’une commission temporaire chargée de la réforme du CSFE. Le rapport final de cette commission, adopté à l’unanimité en session plénière et remis au ministre en septembre 2003, proposait notamment un certain nombre de mesures dont plusieurs ont été prises en compte par un décret et un arrêté en date du 25 août 2003 (nouvelle composition de l’ex-bureau permanent, devenu bureau, nouvelle structure de chaque commission permanente, élection des trois vice-présidents par les seuls 150 membres élus, création d’une commission de l’Union européenne, caractère public des séances).

La loi du 9 août 2004 crée l’Assemblée des Français de l’étranger

La loi n° 2004-805 du 9 août 2004 créant l’Assemblée des Français de l’étranger est venue compléter le nouveau dispositif en :

– changeant l’appellation du CSFE en « Assemblée des Français de l’étranger ». Loin de n’être qu’un effet terminologique, cette dénomination traduit la reconnaissance de la collectivité publique des Français établis hors de France.

– réduisant de 20 à 12 le nombre des personnalités désignées, qui n’auront plus que voix consultative sur la base d’une liste préalablement arrêtée de fonctions. Cette diminution exprime le souhait, à terme, de transformer l’Assemblée en une institution uniquement composée d’élus, présidence comprise.
– révisant la carte électorale, en prenant notamment en compte les évolutions démographiques des communautés françaises à l’étranger. Le nombre de conseillers élus passera ainsi progressivement, lors des prochains renouvellements triennaux de juin 2006 et juin 2009, de 150 à 155 (y compris le représentant de la communauté française d’Andorre qui sera lui aussi élu) et le nombre des circonscriptions sera porté de 48 à 52.

La révision constitutionnelle du 23 juillet 2008 instaure la représentation des Français de l’étranger à l’Assemblée nationale

La loi constitutionnelle n° 2008-724 du 23 juillet 2008 introduit la représentation à l’Assemblée nationale des Français établis hors de France. L’article 24 de la Constitution est modifié pour prévoir que « Les Français établis hors de France sont représentés à l’Assemblée nationale et au Sénat » et non plus seulement au Sénat.

Plusieurs textes ont été adoptés par la suite pour traduire dans les faits la volonté des constituants :

– la loi n° 2009-39 du 13 janvier 2009 relative à la commission prévue à l’article 25 de la Constitution et à l’élection des députés

– la loi n° 2011-411 du 14 avril 2011 ratifiant l’ordonnance n° 2009-936 du 29 juillet 2009 relative à l’élection de députés par les Français établis hors de France.

Pour la première fois, onze députés ont été élus par les Français de l’étranger à l’occasion des élections législatives de 2012 (voir infra).

La loi du 22 juillet 2013 a profondément réorganisé la représentation des Français établis hors de France en créant 442 conseillers consulaires, en réduisant le nombre de conseillers siégeant à l’AFE et en élargissant le collège sénatorial.

La composition de l’Assemblée des Français de l’étranger

Depuis la réforme du 22 juillet 2013, l’Assemblée des Français de l’Etranger (AFE) est composée de 90 membres élus parmi les 443 conseillers consulaires élus au scrutin proportionnel de liste dans 130 circonscriptions. Le président de l’Assemblée est désormais élu en son sein parmi les 90 conseillers.

Ne sont désormais plus membres de l’AFE : les 23 parlementaires (12 sénateurs et 11 députés) qui en étaient auparavant membres de droit et les 12 personnalités qualifiées, auparavant désignées par le président pour leur connaissance des problèmes liés à l’expatriation. Le ministre des Affaires étrangères ne préside plus de droit cette assemblée comme ce fut le cas avant la réforme de 2013.

Un collège électoral sénatorial élargi par la réforme du 22 juillet 2013 :

Avant la réforme, les 155 conseillers élus, les 12 sénateurs et les 11 députés constituaient  le collège électoral des sénateurs.

La réforme introduite par la loi n° 2013-659 du 22 juillet 2013 relative à la représentation des Français établis hors de France élargit ce collège en le portant de 178 à 534 membres. Il est désormais composé des 11 députés élus par les Français expatriés et des 12 sénateurs représentant les Français établis hors de France, des 443 conseillers consulaires et de leurs 68 délégués.

Chaque circonscription est dotée d’un conseil consulaire en charge notamment des questions d’aide sociale, d’éducation et de scolarité.

Un peu d’histoire

La loi n° 90-384 du 10 mai 1990 modifiant la loi du 7 juin 1982 relative au CSFE avait apporté des modifications substantielles à la composition du Conseil (augmentation du nombre de ses membres élus, de la durée de leur mandat, modalités de son renouvellement), et au statut de ses membres (régime indemnitaire, mode d’élection, incompatibilités et inéligibilités, etc.).

Une deuxième loi n° 92-547 du 22 juin 1992 relative aux circonscriptions électorales pour l’élection des membres du CSFE avait établi une nouvelle ventilation des circonscriptions consulaires dans plusieurs États dont les structures avaient connu, entre temps, des transformations profondes (Allemagne, Namibie, ex-URSS, ex-Yougoslavie). A nouveau, la loi n° 2004-805 du 9 août 2004 a modifié certains des éléments antérieurs, le nombre des membres élus de l’AFE devant être porté de 150 à 155 et la délimitation des circonscriptions électorales devant être retouchée à compter des renouvellements triennaux de cette assemblée en 2006 et 2009.

Par la suite, les lois n° 92-547 du 22 juin 1992 et n° 2004‑805 du 9 août 2004 ont adapté le dispositif antérieur avec notamment une nouvelle ventilation des circonscriptions consulaires et un ajustement de la composition de l’Assemblée.

Renouvelable par moitié tous les trois ans, les 155 conseillers du collège électoral étaient élus pour six ans, au suffrage universel direct, par les Français de l’étranger inscrits sur la liste électorale consulaire.

Le mode d’élection prévu par la loi du 7 juin 1982 (la représentation proportionnelle intégrale) a été modifié par la loi n° 86-1115 du 15 octobre 1986, pour se rapprocher du système retenu pour les sénateurs, avec dualité du mode de scrutin (majoritaire ou proportionnel, suivant le nombre des sièges à pourvoir).

Depuis la loi du 10 mai 1990, l’élection au scrutin majoritaire à un tour avait lieu désormais dans les circonscriptions où le nombre de sièges à pourvoir était de un ou deux, tandis que la représentation proportionnelle à la plus forte moyenne était applicable dans les circonscriptions où le nombre de sièges à pourvoir était de trois ou plus.

Outre ses 155 membres élus, qui seuls participaient à l’élection des sénateurs, l’AFE comportait des personnalités désignées pour six ans par le ministre des affaires étrangères « en raison de leur compétence dans les questions concernant les intérêts généraux de la France à l’étranger ».

Leur nombre, naguère de 20 (plus le représentant de la Principauté d’Andorre), avait été ramené à 12 par la loi de 2004. Avec l’entrée en vigueur complète de la loi de 2004, les personnalités qualifiées qui siégeaient jusque là avec voix délibérative ne disposaient plus que d’une voix consultative.

Les sénateurs représentant les Français établis hors de France

Comme leurs collègues représentant les collectivités territoriales, les sénateurs représentant les Français établis hors de France sont issus du suffrage universel indirect.

Jusqu’en 1983, ils étaient désignés par le Sénat sur proposition du Conseil supérieur des Français de l’étranger. Depuis la réforme intervenue à cette date, ils sont élus par un collège formé des membres élus de l’AFE.

La loi n° 83-390 du 18 mai 1983 relative à l’élection des sénateurs représentant les Français établis hors de France puis la loi n° 2004-805 du 9 août 2004 constituent le prolongement et l’aboutissement logiques de la réforme de 1982, en faisant de l’AFE un véritable collège électoral chargé d’élire les sénateurs des Français de l’étranger.

La loi organique n° 83-499 du 17 juin 1983 a porté de 6 à 12 le nombre de sièges des sénateurs représentant les Français établis hors de France. Il convenait, en effet, que ces sénateurs soient plus nombreux pour mieux représenter les Français établis à l’étranger, dont le nombre s’est accru depuis 1958, notamment en Europe.

Ce texte a également rapproché du droit commun des élections sénatoriales les conditions d’éligibilité, les incompatibilités et les règles applicables au contentieux des élections des sénateurs représentant les Français de l’étranger. Ainsi, en dehors de leur nombre et de la composition de leur collège électoral, les sénateurs des Français de l’étranger ont le même statut électoral que leurs collègues sénateurs des départements : mandat de 6 ans, âge d’éligibilité fixé à 30 ans, scrutin à deux degrés et renouvellement partiel au même rythme que celui des autres séries du Sénat.

Contrairement à une idée assez répandue, le droit n’exige pas que les sénateurs des Français de l’étranger soient eux-mêmes des expatriés, pas plus que les sénateurs des départements ne doivent obligatoirement habiter dans une des communes de leur département d’élection. Cela étant, la plupart des sénateurs des Français de l’étranger ont de solides attaches personnelles ou familiales dans telle ou telle région du monde, soit qu’ils y résident à temps plus ou moins plein, soit qu’ils y aient une activité professionnelle. De cette sorte, les sénateurs ont une bonne connaissance des problèmes spécifiques que rencontrent les expatriés, au même titre que les sénateurs des départements ont une expérience approfondie de la vie et de la gestion des collectivités locales.

En pratique, le collège électoral, formé des seuls membres élus de l’Assemblée des Français de l’étranger (les sénateurs, membres de droit de l’AFE, ne participent pas au collège électoral), se réunit au ministère des affaires étrangères le jour du renouvellement de la série concernée. L’élection a lieu à la représentation proportionnelle suivant la règle de la plus forte moyenne, sans panachage ni vote préférentiel.

Les douze sièges de sénateur des Français de l’étranger, précédemment répartis entre les trois séries A, B et C du Sénat, ont été redistribués entre les deux nouvelles séries créées par suite de la réduction de neuf à six ans du mandat sénatorial en juillet 2003. Ainsi, d’un système où quatre d’entre eux étaient élus à chaque renouvellement triennal pour un mandat de neuf ans, on est passé à un système où l’élection concernera à chaque renouvellement six sénateurs pour un mandat de six ans (compte tenu des mesures transitoires, cette réforme prendra son plein effet à compter du renouvellement de 2010).

La loi du 6 juin 2000 sur la parité des sexes a été rendue de plein droit applicable aux candidatures aux sièges de sénateur des Français de l’étranger. De cette sorte, les listes doivent obligatoirement faire alterner un candidat de chaque sexe.

La réforme de l’Assemblée des Français de l’étranger et la création de conseillers consulaires

La loi du 22 juillet 2013 a profondément réformé la représentation des Français établis hors de France en créant des conseillers consulaires et en réformant l’Assemblée des Français de l’étranger.

La réforme introduite par la loi n° 2013-659 du 22 juillet 2013 relative à la représentation des Français établis hors de France prévoit que :

– 443 conseillers consulaires sont élus pour 6 ans, au suffrage universel direct, dans 130 conseils consulaires, dont l’organisation et les attributions ont été précisées par décret. Le monde a été découpé en 15 circonscriptions, chacune devant compter de un à neuf conseillers consulaires ;

– parmi les 443 conseillers consulaires, 90 sont élus par leurs pairs, pour siéger à l’Assemblée des Français de l’étranger (AFE), en réunion plénière, deux fois par an à Paris ;

– 68 délégués consulaires sont élus pour trois ans pour participer à l’élection des sénateurs.

Composé des 11 députés élus par les Français expatriés et des 12 sénateurs représentant les Français établis hors de France, des 443 conseillers consulaires et de leurs 68 délégués, le collège électoral sénatorial des Français de l’étranger s’en trouve donc élargi, passant de 178 à 534 membres.

 

 

Les principaux partis politiques de Belgique.

La famille libérale

Le parti libéral a été créé en 1846.

Anticlérical à l’origine, il est devenu (avec l’estompement du clivage « État/Eglise » à la fin des années 1950’) une formation politique marquée avant tout par le clivage socio-économique.

La famille libérale a implosé en 1970. Les deux partis libéraux actuels sont:

  • logos-politique.jpg Le Mouvement Réformateur (MR)
  • logos-politique.jpg L’Open VLD (Vlaamse Liberalen en Democraten)

La famille sociale-chrétienne

La famille catholique a dominé la vie politique belge en participant à presque toutes les coalitions gouvernementales entre 1884 et 1999. La tendance contemporaine a été, cependant, à l’affaiblissement, celle-ci ayant été dans l’opposition entre 1999 et 2008.

Son implantation est plus forte au nord du pays (Flandre) qu’au Sud (Wallonie).

La famille sociale-chrétienne s’est scindée en 1968. Les deux formations sont actuellement:

  • logos-politique.jpg Le Centre Démocrate Humaniste (CDH)
  • logos-politique.jpg Le Christen-Democratisch en Vlaams partij (CD&V)

Du côté néerlandophone, le parti (CD&V) reste un parti à référence chrétienne (mais non exclusivement catholique) tandis que du côté francophone, le parti (CDH) a abandonné la référence chrétienne et revendique un pluralisme en la matière.

La famille socialiste

La famille socialiste est née en 1885 avec la création du Parti Ouvrier Belge (POB). Son implantation est beaucoup plus forte au sud (Wallonie) qu’au nord (Flandre) du pays.

Les socialistes ont cessé d’être unis en 1978. Les deux partis socialistes sont actuellement

  • logos-politique.jpgle Parti socialiste (PS)
  • logos-politique.jpg  Socialisten en progressieven anders (SP.A)

La famille écologiste

Dans un contexte de société de consommation, de montée de nouvelles questions éthiques (notamment autour des bio-technologies: OGM…) et de multiplication des enjeux environnementaux, les partis écologistes luttent contre l’idéal de la consommation, la poursuite sans répit de la croissance économique et les problèmes d’environnement, de santé et de cadre de vie, engendrés, selon eux, par le fonctionnement actuel de la société.

Les partis écologistes belges sont:

  • logos-politique.jpg Ecolo (1980)
  • logos-politique.jpg Groen! (1979)

Les partis communautaires

Certains partis portent des revendications particulièrement communautaires (engagement en faveur d’une communauté culturelle et linguistique). Actuellement ce sont:

Du côté francophone:

  • Logo parti Défi Démocrates Fédéralistes Indépendants (DEFI)
    DEFI (ex-FDF) est né en 1964 avec pour objectif de défendre les intérêts des Bruxellois francophones.

Du côté néerlandophone:

  • logos-politique.jpg Nieuw-Vlaamse Alliantie (NVA)
  • logos-politique.jpg Lijst Dedecker (LDD)

Les partis d’extrême droite

Le « Vlaams Belang » (VB) a été créé en 1978. Il défendait, au départ, une position nationaliste flamande puis s’est ouvert progressivement aux thèmes classiques de l’extrême-droite (lutte contre l’immigration, etc… Il pèse un poids politique important en Flandre (contrairement à l’extrême droite francophone: le Front national (FN).

En 2004, le VB a été déclaré « parti raciste et xénophobe » par la Cour d’Appel de Gand.

Les principales caractéristiques des partis politiques Belges.

Les familles idéologiques sont divisées en fonction de la langue: Jusqu’à la fin des années 70’, les partis étaient nationaux. Ils ont éclaté en raison des conflits communautaires. Il n’y a donc plus de grands partis nationaux. Chaque famille idéologique compte désormais deux partis: un francophone et un néerlandophone.
Cette scission sur base linguistique atteste l’importance des différends qui opposent les deux grandes communautés, et renforce même ces différends de manière mécanique, chaque parti au sein d’une même famille de pensée s’adressant à un électorat spécifique, néerlandophone ou francophone.

Les différences entre les familles politiques sont moins tranchées que dans le passé, même si elles existent encore.

Le système politique belge est « pluripartiste », cela signifie qu’un grand nombre de partis politiques sont parfois en compétition lors des élections.

Trois des familles politiques sont liées étroitement à l’histoire du pays, la famille libérale, la sociale-chrétienne et la socialiste.

Les familles libérale, sociale-chrétienne et socialiste présentent comme caractéristique commune d’avoir développé un plus ou moins grand nombre, selon les cas, d’organisations satellites: mutuelles, syndicats, organisations de jeunesse, associations d’éducation permanente… Il s’agit de ce que l’on appelle le système de piliers (pilier chrétien, socialiste et libéral).

Le clivage philosophique en Belgique: religieux/laïque (Eglise/État)

L’opposition entre partisans d’une société fondée sur l’Église et ceux qui défendent une société laïque (c’est-à-dire indépendante de toute religion) constitue le 1er grand conflit intérieur qui va diviser la  population (dès la 2ième moitié du XIXème siècle) et ce, jusqu’à la fin des années 50’ (1958).

Au moment de l’indépendance belge, la religion catholique est celle d’une très large majorité de la  population. La question qui va se poser est celle des relations entre l’Église et l’État. Leur rôle respectif dans des domaines tels que l’organisation de l’enseignement et l’assistance aux plus démunis va agiter la vie politique. Le débat va opposer les catholiques qui entendent développer leurs œuvres caritatives et  leurs écoles et maintenir la prépondérance de la religion catholique dans l’État aux libéraux qui veulent l’indépendance du pouvoir civil et qui sont partisans d’un enseignement public et laïque. Ce problème ne  sera réglé (après une grave crise) qu’en 1958 avec la conclusion du « Pacte scolaire ». Ce pacte signé entre  les partis politiques prévoit que l’État doit apporter une aide à toutes les formes reconnues d’enseignement  (et donc aussi aux écoles catholiques). Il prévoit aussi la gratuité des études au niveau maternel, primaire et secondaire dans les institutions de l’État et dans celles qu’il subventionne (dont les écoles catholiques) ainsi que le contrôle des subventions accordées. Le pacte a également reconnu le libre choix entre le  cours de morale et celui de religion (catholique, protestante, israélite et plus tard islamique)

Remarque: Même s’il s’est estompé au fil des décennies, ce clivage (religieux/laïque)  transparaît en filigrane lorsque de grands débats éthiques ont lieu au sein de la société (avortement,  euthanasie, mariage homosexuel…).